mai 2012

Cap au nord

Une visite au Québec fait découvrir à des journalistes latino­américains l'industrie minière comme il ne l'avait jamais vue

Par Ryan Bergen

Selon des chiffres récents, plus d'un tiers des actifs miniers canadiens à l'étranger se trouvent en Amérique latine et, inévitablement, les entreprises canadiennes ont été vivement critiquées par la presse et par les parties prenantes locales. Afin d'éclairer le débat, le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international (MAECI) du Canada a invité des journalistes d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud dans la région de l'Abitibi­Témiscamingue, dans le nord­ouest du Québec, pour qu'ils observent de visu des projets de grande envergure qui ont réussi en dépit des défis énormes rencontrés.

« Nous voulions créer un événement dans le cadre duquel les journalistes pourraient interagir librement avec des acteurs de l'industrie et leur poser ouvertement des questions sur la façon dont celle­ci fonctionne actuellement », explique Nicole Lunstead, déléguée commerciale à la division des relations stratégiques avec l'Amérique latine du MAECI. Elle accompagnait d'ailleurs le groupe formé de membres des médias de l'Argentine, du Honduras, du Guatemala, du Salvador, du Panama et de la République dominicaine. « Nous espérions que cette expérience les aideraient dans le cadre de leurs reportages futurs au sujet des questions minières et que cela favoriserait ensuite des échanges éclairés entre les parties prenantes dans leurs pays respectifs. »

Ce voyage de deux jours comprenait une visite de la mine Canadian Malartic d'Osisko Mining Corporation, du quartier que l'entreprise a déménagé pour permettre l'exploitation de cette mine à ciel ouvert ainsi que de l'imposante levée de terre visant à atténuer la propagation du bruit vers la ville voisine. Après une soirée au sein de la communauté algonquine de Pikogan, près d'Amos, le groupe a passé la journée à la centrale hydro­électrique Eastmain 1 d'Hydro­Québec près de la Baie James. Ce projet de plusieurs milliards de dollars n'a été réalisé qu'après la signature, en 2002, d'un accord de développement et de compensation entre l'entreprise de services publics et la communauté Cri locale.

Au bureau d'Eastmain, Ted Moses qui, à titre de grand chef des Cris, a signé en 2002 la Paix des Braves avec la province de Québec, a expliqué les grands avantages financiers et économiques que les Cris ont récoltés à l'issue de cet accord. M. Moses, actuellement président du Secrétariat aux alliances économiques Nation Crie – Abitibi­Témiscamingue, souligne le fait que l'accord stipule le versement annuel par la province d'au moins 70 millions de dollars et le partage des recettes fiscales découlant des projets d'exploitation de ressources naturelles, par exemple la mine Eleonore de Goldcorp, dont la construction est en cours.

La tournée n'a pas pu éviter les conflits qui persistent au Canada. Au centre communautaire de Pikogan, des leaders autochtones, dont Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, qui a critiqué vigoureusement la gestion par Hydro­Québec de son plus récent projet dans l'est du Québec, se sont adressés aux journalistes. Ensemble, ils ont expliqué en gros le devoir de consulter les autochtones lorsque des projets les affectant sont envisagés; ils ont notamment évoqué des décisions de la Cour suprême du Canada ainsi que la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Ils ont également souligné leur frustration persistante face à leur état « d'invisibilité. »

Claude Thibault, directrice générale et commissaire à l'exportation à l'agence de développement 48e Nord international d'Abitibi­Témiscamingue, qui a participé à l'organisation du voyage des journalistes, explique que cet événement a été conçu en tenant compte des forces de développement et des forces de résistance actuelles. « Nous voulions leur montrer comment les sociétés minières collaborent sur le terrain avec les collectivités. Oui, des problèmes non résolus demeurent, mais nous voulions remettre les choses dans leur véritable contexte. »

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