mars/avril 2012

Des fonds issus du désert

Les exploitants aurifères explorent le Moyen-Orient à la recherche de capitaux

Par N. Tourish et P. Braul

Les représentants des plus grandes sociétés minières canadiennes se sont réunis à Dubaï en janvier pour assister au Precious Metals Investment Summit. L'objectif de ce sommet était de permettre aux entreprises canadiennes d'attirer de riches investisseurs étrangers et de nouer des partenariats pour exploiter les nouveaux marchés miniers en Afrique.

La délégation canadienne était composée de Goldcorp, Iamgold et Osisko, mais aussi de sociétés d'exploration dont les activités sont centrées sur le Canada, notamment Virginia Mines, Northern Shield Resources, Orbite Aluminae Inc. et Altair Ventures. « Nous avons pu réunir petits et grands exploitants, sans nous limiter à l'exploitation aurifère », a déclaré Jean Vavrek, directeur exécutif de l'ICM, qui a parrainé l'événement. Sam Hamad, le ministre québécois du développement économique, était présent pour promouvoir le Plan Nord de la province, un projet de développement d'infrastructures à long terme de plusieurs milliards de dollars.

Ce fut le premier sommet du genre organisé au Moyen-Orient. « Nous avions l'opportunité de travailler avec le ministre Hamad et de nombreux investisseurs étaient intéressés », a déclaré Vavrek. « La première fois n'est jamais facile, et nous allons évaluer ce qui a fonctionné et ce qui n'a pas fonctionné, mais je pense que nous avons prouvé que cet événement présente un grand potentiel. »

Près de 200 investisseurs ont exprimé leur volonté de prendre part au sommet de deux jours. Cependant, les participants, principalement des gestionnaires de fonds, des investisseurs institutionnels, des investisseurs privés et des entreprises familiales locales, étaient souvent bien moins nombreux, entre 35 et 50. « Nous devons mener des campagnes de communication », a souligné Vavrek.

« Nous avons choisi Dubaï, car ce pays offre les infrastructures les plus développées pour ce type d'événement et son secteur financier est de loin le plus avancé du Moyen-Orient », a déclaré Alexandre Teodoresco, directeur général de l'agence de développement du commerce pour le Moyen-Orient, chargée de l'organisation du sommet. « Il est nécessaire d'être un investisseur averti pour maîtriser la complexité de l'investissement dans l'industrie d'extraction des métaux précieux. »

En dépit de la libre circulation des capitaux au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et l'intérêt bien connu des hommes d'affaires locaux pour l'or, très peu d'entreprises ont investi dans les sociétés d'extraction de métaux précieux.

Teodoresco explique ce problème par le fait qu'il n'existait jusqu'à présent aucune plate-forme visant à sensibiliser le marché aux immenses opportunités d'investissement dans ce secteur et qu'aucun événement n'avait été organisé pour réunir les dirigeants de sociétés minières nord-américaines et les investisseurs du Conseil de coopération du Golfe.

Paul Walker, responsable international du service des métaux précieux pour le cabinet de recherche et de conseil Thomson Reuters GFMS a déclaré : « C'est Dubaï qui vient naturellement à l'esprit pour lever des capitaux, non seulement en raison de la richesse des Émirats arabes unis, mais aussi des états voisins comme l'Arabie Saoudite. Les acteurs de l'industrie minière sont toujours à la recherche de capitaux ; il s'agit d'un secteur risqué et coûteux. Le Canada présente un immense potentiel. »

Walker a ajouté que le cadre juridique du pays est favorable aux investisseurs. Toutefois, en dépit de ce potentiel offert aux investisseurs, il n'a pas tardé à souligner que sur ces marchés, tout était question de timing. « Au cours des cinq prochaines années, le marché de l'or sera confronté à de sérieuses difficultés. Pour traverser ces turbulences, les sociétés minières devront pouvoir bénéficier de fonds en cas de correction du cours de l'or.”

Lors du sommet, Gordon Stothart, directeur d'exploitation de Iamgold, a déclaré que son entreprise cherchait à élargir sa base d'investisseurs pour aller au-delà de l'Amérique du Nord et du continent européen et atteindre les pays du Conseil de coopération du Golfe et plus à l'est. Il a reconnu que la volatilité des cours constituait un risque, mais que Iamgold s'inscrivait dans une perspective à long terme.

Stothart a souligné que c'est « le lien naturel ”entre le Moyen-Orient et l'Afrique qui a décidé son entreprise à venir rechercher des investisseurs à Dubaï pour appuyer ses trois exploitations minières en Afrique de l'Ouest.

« Nous recherchons des actionnaires prêts à détenir des parts de notre entreprise », a-t-il précisé. « Sur un autre plan, nous recherchons également des partenaires pour exploiter de nouvelles mines et/ou des partenaires qui disposent d'actifs aurifères qu'ils cherchent à développer. Nous pourrions les y aider. »

« Les investisseurs locaux ont une vision plus nuancée des risques liés aux investissements en Afrique », a expliqué Stothart, « alors que les investisseurs nord-américains sont parfois beaucoup plus réticents à s'engager sur ces marchés. »

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