mars/avril 2012

55 millions de dollars de fonds fédéraux pour le port de Sept-Îles

Mais les compagnies minières locales s'inquiètent des infrastructures supplémentaires nécessaires

Par K. Lagowski

Même si les sociétés minières sont satisfaites de l'annonce faite le 13 février par le gouvernement fédéral ’de contribuer à hauteur de 55 millions de dollars à l'agrandissement du port de Sept-Îles, elles ne peuvent que spéculer sur les mesures prévues pour les chemins de fer et les routes.

Actuellement, le port envisage de construire un quai multi-usage en eau profonde avec deux chargeurs de navires et de deux lignes de convoyage. La construction de la nouvelle installation à Pointe-Noire devrait être achevée d'ici à fin mars 2014.

En 2011, plus de 26,3 millions de tonnes de minerais de fer ont transité par le port pour le compte des sociétés minières Cliffs Natural Resources, Consolidated Thompson Iron Mines Ltd, Labrador Iron Mines Holdings Limited, Tata Steel Limited, New Millenium Iron Corp et Iron Ore Company of Canada (IOC). Les sociétés Alderon Iron Ore Corporation, Century Iron Mines Corporation, Champion Iron Works, Inc. et Adriana Iron Resources Inc. ont, elles, des projets en cours de développement.

Selon Pierre Gagnon, président-directeur général du Port de Sept Îles, près de 200 millions de tonnes de minerais de fer transiteront par le port à l'horizon 2018. « D'ici à la fin de la décennie, si le volume d'activité annuel prévu est respecté, le Port de Sept-Îles deviendra le plus grand port du continent Nord-Américain en termes de volumes », a-t-il précisé.

Toutefois, d'après Bob Leshchyshen, vice-président chargé du développement commercial et des relations avec les investisseurs à Century, l'expansion du port ne constitue qu'une partie du puzzle. « L'autre partie est le train. La ligne ferroviaire actuelle du port présente une capacité estimée à 80 millions de tonnes, mais comme d'autres sociétés commencent à étendre leurs installations, elle pourrait être saturée relativement rapidement, probablement au cours des deux ou trois prochaines années.»

En outre, l'une des mines de Century ’est située à Schefferville, au Québec, où la qualité des routes est insuffisante pour certains équipements, ce qui oblige la société à avoir recours à des hélicoptères.

« Un des enjeux est de créer une ligne ferroviaire multi-usage, mais tout cela est encore à l'état de projet », a-t-il soutenu. « Nous réfléchissons actuellement tous ensemble, CN et CP y compris, aux infrastructures à mettre en place, mais personne ne sait encore ce qui sera fait.»

Lorsqu'une ligne ferroviaire traverse une frontière provinciale, elle devient une ligne nationale ou de transport public. Cela signifie que l'entreprise ferroviaire est obligée de transporter des produits à un tarif commercial et d'accepter de transporter d'autres types de produits.

Pour Alderon, il s'agit-là d'une bonne nouvelle puisque la ligne ferroviaire que la société prévoit d'utiliser est actuellement détenue par Rio Tinto. Son projet à Kamistiatusset (Kami), dans le Labrador, est situé à huit kilomètres de la ligne ferroviaire. La société devra donc construire des rails pour assurer la liaison. « La ligne ferroviaire présente une capacité suffisante et nous sommes convaincus qu'un accord ferroviaire sera signé à l'automne de cette année », a déclaré Simon Marcotte, vice-président du développement commercial de la société.

Julie Cusson, directrice des communications et des relations extérieures de la compagnie minière IOC, détenue à 59 % par Rio Tinto, a déclaré que Cliffs, Consolidated Thompson, Labrador Iron Mines et Tata Steel / New Millenium ont signé des accords de transport de minerais sur la ligne ferroviaire de Rio Tinto. IOC devra investir dans des voies d'évitement et de nouveaux moteurs pour faire face au nombre croissant de chargements, a-t-elle ajouté.

Selon Erik Richer La Flèche, partenaire du cabinet d'avocats Stikeman Elliott, les projets ferroviaires pourraient bénéficier du Plan Nord du gouvernement Québécois. Ce projet de développement sur 25 ans destiné au nord du Québec devrait mobiliser 80 milliards de dollars. « Le gouvernement québécois peut participer à la mise en place des infrastructures », a-t-il souligné. « L'exploitation minière est un élément fondamental du Plan Nord, et afin de permettre l'accès aux minerais, le gouvernement québécois dit : ‘Nous allons vous aider. Mais cela pourrait requérir des capitaux.’ »

Toutefois, Richer La Flèche a noté que même si le gouvernement québécois souhaite avaliser l'expansion du Port de Sept-Îles dans le cadre du Plan Nord, le projet d'expansion est antérieur au plan, qui est encore en gestation. « Le projet d'expansion consolide l'importance de Sept-Îles dans le cadre du Plan Nord en ce sens qu'il facilitera la mise en œuvre dudit plan », a-t-il expliqué. « Les deux projets sont complémentaires. »

Leshchyshen a déclaré que le Plan Nord pouvait influer positivement sur l'expansion du port si le gouvernement du Québec parvenait effectivement à le mettre en œuvre. « Le gouvernement envisage de dépenser 80 milliards de dollars sur 25 ans. Cela ne signifie pas qu'il se chargera seul d'effectuer l'intégralité des dépenses », a-t-il affirmé. « Le gouvernement aidera les entreprises comme la nôtre afin de faciliter les réalisations. Il injectera des fonds pour les routes, les infrastructures et l'électricité, qui sont d'une importance capitale pour nous.

« Les processus gouvernementaux sont longs. Des permis sont nécessaires. Sans l'appui du gouvernement, il est impossible de construire la ligne ferroviaire”, a ajouté Leshchyshen.

Pour l'instant, tous les efforts sont concentrés sur l'extension du Port de Sept-Îles. « Nous travaillons déjà sur le prochain projet d'extension », a précisé Gagnon. « Nous sommes prêts à démarrer les travaux d'extension au rythme des projets d'exploitation minière mis en œuvre. »

Publier un commentaire

Commentaires

Version PDF