mars/avril 2012

Équateur et Colombie

Une frontière commune, mais des politiques aux antipodes

Par Dan Zlotnikov

Si leurs voisins du sud, le Pérou et le Chili, ont depuis longtemps adopté les investissements étrangers dans le secteur minier, l'Équateur et la Colombie ont rejoint le cercle des producteurs d'or et de cuivre qui, selon la stratégie qu'ils adoptent, pourraient soit devenir de grandes puissances minières internationales, soit des régions où les explorateurs et leurs bailleurs de fonds n'oseront pas s'aventurer.

La hausse du coût des matières premières, en particulier du cuivre et de l'or, a alimenté la ruée vers ces pays sud-américains présentant des risques relativement élevés. Alors que les métaux s'échangent à des niveaux records, les sociétés minières sont prêtes à prendre davantage de risques politiques pour obtenir des terres sous-explorées présentant un fort potentiel.

Il n'y aucun doute sur le potentiel géologique de la Colombie ou de l'Équateur. Le nord des Andes abrite des gisements imports d'or, de cuivre de charbon et de minerai de fer. La Colombie dispose des plus grandes réserves de charbon d'Amérique du Sud et est le septième pays au monde en termes de dépenses d'exploration aurifère. L'Équateur a fait l'objet d'une des plus grandes découvertes aurifères de la dernière décennie, dans les jungles du sud-est de Fruta del Norte (FDN).

Bien que la production aurifère actuelle en Colombie soit le plus souvent réalisée à petite échelle à partir d'alluvions et de veines aurifères, il existe plusieurs gisements aurifères de plus grande taille, notamment La Bodega et Marmato. Certains de ces gisements sont liés à d'importants systèmes de cuivre porphyrique. L'Équateur compte de nombreux gisements épithermaux, aurifères de type skarn et de cuivre porphyrique.

Dans l'enquête 2011-12 de l'Institut Fraser sur les sociétés minières, la Colombie a nettement devancé l'Équateur en matière d'attractivité pour les investissements, de transparence des politiques et de potentiel minéral. La communauté minière reste toutefois dubitative quant à la situation sécuritaire en Colombie.

“L'Équateur est un pays à fort potentiel, avec une longue histoire en matière d'exploitation minière. Cependant, le gouvernement est anticapitaliste, et cela fait toute la différence », explique Jorge Neher, partenaire international du cabinet d'avocats Norton Rose (qui a récemment fusionné avec Macleod Dixon), basé à Bogota. « L'Équateur n'est pas une juridiction d'investissement intéressante. La Colombie, quant à elle, est aux antipodes de l'Équateur : il s'agit d'un pays à fort potentiel, sous-exploré et dont la législation et le gouvernement favorisent l'investissement. »

La situation sécuritaire s'ameliore en Colombie, mais les risques demeurent

La Colombie peut s'attendre à une croissance de 4,3 % de son PIB en 2012 et de 6 % en 2013, principalement en raison du développement du secteur des hydrocarbures et de la forte croissance de l'exploitation minière, selon les prévisions réalisées au premier trimestre par Celfin Equity Capital Research, un institut basé au Chili, pour l'année 2012.

 
Jusqu'à récemment, les questions de sécurité décourageaient les investisseurs étrangers. Quatre décennies d'insurrection rebelle, et notamment d'attaques contre des oléoducs, gazoducs, lignes de transport d'électricité et autres infrastructures essentielles ont transformé le pays en une zone interdite. Des mines terrestres jonchent le pays et continuer d'être placées par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et d'autres groupes armés illégaux.

Toutefois, la situation s'améliore. Seulement 31 attaques contre les pipelines ont été recensées en 2010, contre des centaines perpétrées chaque année au début des années 2000. Même si le gouvernement estime que des mines terrestres recouvrent toujours la plupart des 62 provinces du pays, des efforts concertés d'examen des zones suspectes et de destruction des engins explosifs sont en cours. D'après le Département d'État américain, au cours de la dernière décennie, plus de 54 000 paramilitaires et guérilleros ont été démobilisés, les enlèvements ont diminué de 90 %, les homicides de 46 % et les attaques terroristes de 71 %.

Neher lie ces améliorations à l'élection en 2002 du président Alvaro Uribe, qui a fait campagne autour de l'amélioration de la sécurité et de la réforme économique. En 2010, Uribe a passé le flambeau à Juan Manuel Santos.

« Avant 2002, le gouvernement a tenté de négocier avec les groupes rebelles, mais il est tombé dans leur jeu. Les guérilleros ont continué de s'armer et se renforcer », a souligné Neher. « La menace est toujours présente, mais elle est désormais bien plus réduite ».

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