juin/juillet 2012

Ballade d’un semi­travailleur

Patience et expérience valent la réussite à Terry MacGibbon

Par Janice Leuschen

Après une longue carrière chez Inco, Terry MacGibbon a redéfini la notion de retraite en jouant un rôle clé dans plusieurs projets de développement minier couronnés de succès grâce à sa façon peu orthodoxe d’exploiter des ressources au potentiel négligé. Avec son équipe de FNX, il a réussi à transformer des propriétés non essentielles acquises auprès d’Inco en mines extrêmement rentables et, après la vente cette année de Quadra FNX à KGHM, il est désormais en quête d’autres occasions de créer de nouvelles sociétés minières. En tant que président du conseil de trois petites sociétés minières fort audacieuses, M. MacGibbon est libre de travailler quand bon lui semble et de la façon qui lui plaît, une position qui s’avérera, il l’espère, des plus lucratives pour les parties prenantes.

ICM : Lors de la vente de Quadra FNX, est­ce KGHM qui vous a abordé ou est­ce vous qui avez fait les premiers pas?

Terry MacGibbon : KGHM faisait partie des sociétés qui avaient déposé une offre relative au partenariat que Quadra FNX était en train de développer pour le projet Sierra Gorda. KGHM n’avait pas remporté la mise mais sa direction avait eu l’occasion de se familiariser avec Quadra FNX et je pense que ce qu’ils ont appris leur a plu puisqu’ils ont décidé qu’à défaut d’être partenaires de Quadra FNX au sein de Sierra Gorda, ils allaient tout bonnement acquérir l’entreprise et toutes ses propriétés.

ICM : Qu’est­ce que vous avez éprouvé lors de la vente de cette société dont vous aviez rêvé et que vous aviez développée?

Terry MacGibbon : Le véritable changement n’est pas venu de la vente de Quadra FNX mais bien de la fusion de FNX et de Quadra pour former Quadra FNX; ce fut un grand bouleversement pour moi. Après avoir été président et chef de la direction 24 heures sur 24, tous les jours, je devenais président du conseil sans aucun droit de regard sur les activités courantes. C’est comme lorsque vous avez des enfants : vous en prenez soin, les élevez, les voyez grandir, acquérir de la maturité et atteindre leur plein potentiel... puis ils vous quittent. La plupart des employés de FNX, y compris de nombreux amis, ont décidé de rester chez Quadra FNX et ont été traités de façon très équitable. La plupart des membres de l’équipe de Quadra FNX continuent de travailler pour KGHM et d’y occuper des postes gratifiants; cet aspect comptait beaucoup pour moi et cela a grandement facilité les deux transactions.

ICM : L’arrangement que FNX a conclu avec Inco est particulier. Comment cela fonctionne­t­il?

Terry MacGibbon : Vers 2001, Inco a décidé que certaines de ses anciennes propriétés d’extraction minières non essentielles ne lui servaient plus à rien. La société les a donc mises aux enchères et j’ai eu la chance d’être invité à faire une offre. Quand j’ai examiné les données pendant le processus de vérification préalable, j’y ai repéré un potentiel d’exploration extraordinaire (nous avons ensuite fait huit découvertes et trouvé cinq mines), mais j’ai également remarqué des occasions de production à court terme. Je croyais, à juste titre, que certaines de ces mines auparavant exploitées pourraient être remises en production par une société à l’esprit d’entreprise bien développé dont les coûts étaient bas – une compagnie comme FNX – et produire de nouveau des bénéfices. Dans la plupart des mines, il faut amener le minerai à la surface, le concasser et le broyer puis vendre le concentré à une fonderie. Dans notre cas, nous amenions le minerai à la surface puis l’expédions directement aux installations de broyage d’Inco. C’est ensuite là­bas que le minerai était broyé et traité. Puisque Inco disposait d’une grande usine qui ne fonctionnait pas à pleine capacité, nous n’étions pas obligés de construire la nôtre et nous pouvions consacrer nos investissements à l’exploration et à l’exploitation minière et non aux activités de traitement. Il s’agissait d’une relation symbiotique. Nous pouvions extraire à peu de frais les métaux qu’ils convoitaient. Ces activités de traitement et de commercialisation des métaux leur rapportaient de l’argent et nous en gagnions de notre côté grâce à l’exploitation minière et à la vente du minerai à Inco. Bien sûr, nous avons tous largement profité d’un marché de marchandises fortement à la hausse à l’époque.

ICM : Quadra FNX extrayait des métaux précieux et du nickel du même corps minéralisé et a réussi à résister au ralentissement économique. Existe­t­il d’autres occasions à l’abri des récessions?

Terry MacGibbon : Il existe de nombreuses mines hybrides dans le monde. La plupart du temps, les métaux voient leur cours grimper ou diminuer tous en même temps. Toutefois, il arrive qu’une évolution radicale du prix des marchandises transforme le produit secondaire en produit principal et vice­versa; mais ce n’est généralement pas le cas. En ce qui nous concerne, nous avons découvert des dépôts de cuivre et de métaux précieux à haute teneur contenant également de grandes quantités de nickel. Lorsque le nickel a cessé d’être rentable et que nous ne pouvions plus expédier ce minerai à Inco, nous avons pu lui envoyer à la place notre cuivre et nos métaux précieux.

ICM : Par le passé, vous avez recouru à des méthodes créatives et non conformistes dans le cadre de vos activités d’exploration et d’exploitation minière. Utilisez­vous une approche novatrice dans le cadre de vos projets actuels?

Terry MacGibbon : Chaque fois que cela est possible. Par exemple, pour la propriété Morelos de Torex Gold Resources, nous nous attendions à ce que l’exploitation se déroule à flanc de montagne, mais notre PDG, Fred Stanford, s’inquiète à l’idée de défilés de camions montant et descendant constamment ces pentes. Avec tous ces problèmes de sécurité, il envisage sérieusement d’installer un convoyeur à câble métallique, un peu comme ceux qu’on trouve sur les pentes de ski, mais bien plus puissant.

ICM : Quels sont vos plans d’avenir?

Terry MacGibbon : Je n’ai jamais aimé les termes retraité ou semi­retraité et je ne prendrai probablement jamais de retraite à proprement parler. Je préfère davantage le terme « semi­travailleur » car il signifie que vous pouvez travailler quand vous le désirez et dans le cadre des projets qui vous intéressent. J’aime rechercher les propriétés minières déjà viabilisées qui présentent un excellent potentiel et comportent certains risques « réparables ». À cause de ces risques, on peut parfois acheter à un prix relativement bas et augmenter ensuite la valeur de l’acquisition en atténuant les risques en question. Après avoir identifié une propriété qui en vaut la peine, nous étudions la possibilité d’un financement et mettons sur pied une équipe de direction ainsi qu’un conseil d’administration efficace. Si tout va bien, nous procédons à l’acquisition puis passons à l’exploration, au développement et à la mise en production.

Par exemple, nous avons fait l’acquisition du projet Morelos de Torex après le krach de 2008–2009, alors que certaines sociétés minières étaient accablées de dettes et que le cours de leurs actions était au plus bas. Lorsque nous avons appris l’existence de ce projet, il m’a vraiment plu car il s’agissait d’une ressource minérale bien définie conforme au règlement 43­101 avec beaucoup de potentiel sur le plan de l’exploration. Nous avons tout d’abord mobilisé 275 millions de dollars pour acheter une participation majoritaire dans Teck Resources et ensuite 60 millions de dollars pour acheter la participation minoritaire de Goldcorp dans la propriété. Fred Stanford, anciennement d’Inco également, recherchait une nouvelle occasion et c’était le candidat idéal au poste de PDG. Fred et son équipe ont réussi à augmenter les réserves de trois à environ cinq millions d’onces d’or et ils prévoient disposer d’une étude de faisabilité complète cet été et d’amorcer la construction au début de 2013.

C’est ce que j’aime faire, mais je ne le fais pas tous les jours. C’est un processus très long et il peut s’écouler six, douze, dix­huit, voire vingt­quatre mois avant de voir poindre le projet qui convient. Ce n’est que lorsque nous avons repéré un projet valable, recruté une équipe de direction efficace, mis sur pied un conseil d’administration exemplaire et trouvé le financement que les choses prennent vraiment forme et que nous pouvons agir.

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