juin/juillet 2012

La responsabilité sociale des entreprises n'est qu'un début.

Les partenariats publics-privés dans la mire de l'Institut d'étude du développement international de McGill

Par Virginia Heffernan et Peter Braul

La collaboration entre les sociétés minières et les ONG devrait être renforcée grâce à la prédilection de l'Agence canadienne de développement international (CIDA) pour des partenariats publics-privés. En septembre 2011, l'agence a annoncé son soutien aux projets de responsabilité sociale des entreprises que trois ONG canadiennes ont élaborés avec des entreprises minières au Burkina Faso, au Ghana et au Pérou. Cette mesure a soulevé la controverse dans de nombreux cercles et a fait l'objet de vives discussions dans le cadre d'une conférence sur les partenariats publics-privés pour le développement durable dans les secteurs d'extraction, tenue par l'Institut d'étude du développement international (IEDI) de McGill, en mars.

Il s'agissait de la première conférence de la sorte organisée par l'IEDI, fondé en 2008. Selon son directeur fondateur, Philip Oxhorn, l'organisme vient de découvrir la mine d'or que représentent les partenariats publics-privés dans le développement international. « Il n'en était pas question en 2008 », explique-t-il. « Il y a environ un an, nous avons commencé à réaliser que ce secteur était celui sur lequel nous voulions porter notre attention concernant les partenariats publics-privés. » De ce fait, les défis posés par une collaboration entre les entreprises d'extraction et les communautés, et la facilitation de ces partenariats étaient au cœur de la discussion, pendant cet événement de trois jours.

Quant au retrait du financement de l'ACDI aux ONG qui font campagne, la nouvelle orientation prise par l'Institut a aussi été débattue. Dans son discours liminaire, Ian Smillie, président de l’Initiative diamant et développement (DDII), a indiqué que bien que les partenariats de l'ACDI avec le secteur minier n'étaient ni nouveaux, ni rares, la controverse porte sur le fait que les projets soutenus par l'ACDI sont souvent axés sur la création d'avantages commerciaux pour le Canada, dans les pays en développement. Comme ces partenariats sont scrutés à la loupe, les ONG participantes doivent s'attendre à en avoir des échos, veiller à la « pureté » des investisseurs potentiels, évaluer l'opinion des communautés sur l'entreprise partenaire et évaluer sa relation avec le gouvernement.

Selon Philip Oxhorn, toutefois, la désinformation sur les partenariats publics-privés nourrit les attitudes contradictoires entre les sociétés minières et les ONG. « Beaucoup de gens des deux côtés restent campés sur d'anciennes positions qui avaient cours lorsque les relations étaient beaucoup plus conflictuelles », fait-il remarqué. « Cela n'aide personne, incluant les communautés. C'est beaucoup plus complexe et la participation est d'autant plus grande que ce qui est véhiculé. »

La conférence de l'ISID avait comme objectif de « trouver, par la discussion, où se trouvent les pierres d'achoppement », d'ajouter monsieur Oxhorn. « Ce que nous voulons continuer de faire à l'Institut est d'offrir une plateforme publique pour alimenter le débat. »

Le groupe d'experts sur l'extraction des ressources et les communautés autochtones a clairement indiqué que ces communautés souhaitent jouer un rôle actif dans leur avenir. Tony James, chef du peuple Wapichan en Guyane, a expliqué les origines des conflits territoriaux qui ont embourbé 60 000 Guyanais indigènes. Seule une partie de la région reconnue comme terre amérindienne après l'indépendance de la Guyane a été reconnue comme telle, et cela inclut les concessions minières – dans certains cas sur des sites sacrés – et à propos desquels les Autochtones n'ont pas été informés. Il décrit les impacts sociaux importants sur les communautés indigènes causés par les projets miniers, et a précisé que le développement peut signifier différentes choses pour les peuples indigènes.

Dans le groupe de travail sur les lois, les institutions et les défis de la bonne gouvernance, Riccardo Rossi-Ricci, président de la section d'Ottawa-Gatineau de la Société pour le développement international, a demandé si les besoins essentiels en infrastructure, éducation et santé devaient être la responsabilité du gouvernement et si les entreprises minières agissent comme substitut lorsqu'elles assument ce rôle.

Parallèlement à ces importants défis à relever, de nombreuses histoires à succès ont aussi partagées. Dans le fructueux groupe sur les stratégies du secteur privé pour la participation des communautés, Susan Stocker, directrice, Développement durable et Placement communautaire chez Teck Resources Limited, a offert son point de vue sur la façon dont son entreprise a réalisé des partenariats réussis. Teck s'est associée à Unicef dans le cadre de son projet de Zinc et santé, et a réussi à résoudre des problèmes d'eau, dans un projet mené au Chili, en partenariat avec Oxfam. Ensemble, ils ont élaboré des outils de dialogue qui pouvaient répondre aux besoins des populations locales.

Valérie Pascale, directrice de la responsabilité sociale des entreprises chez Goldcorp, a parlé du partenariat de la société avec Right to Play. Le programme mené conjointement et appelé « Promoting Life-skills in Aboriginal Youth » ou PLA, vise à utiliser le pouvoir du sport pour développer des qualités de leadership auprès de jeunes en milieux défavorisés. Madame Pascale explique que le succès dépend non seulement d'un départ accéléré, mais aussi de la fourniture d'une personne-ressource pour les communautés et l'élaboration d'une stratégie adaptée au contexte et à la culture.

Philip Oxhorn est d'avis que les partenariats publics-privés, comme ceux qui sont soutenus par l'ACDI, présentent un nouveau modèle de réussite dans le développement international et dépasse la responsabilité sociale des entreprises. « Pour moi, la responsabilité sociale des entreprises doit être assumée les entreprises pour maintenir de bonnes relations avec les communautés, et particulièrement leurs parties intéressées et les gouvernements locaux » explique-t-il. « Mais la façon dont nous envisageons le partenariat est en fait une réelle collaboration entre les deux parties, de sorte qu'une plus grande partie de la valeur ajoutée soit à la faveur de la communauté. La responsabilité sociale des entreprises est souvent considérée à sens unique, soit de l'entreprise à la communauté, mais je crois que cela n'est pas suffisant. »
Publier un commentaire

Commentaires

Version PDF