février 2012

Entrevue

Mark Rebagliati a fait beaucoup de bonnes découvertes

Par Graham Lanktree

Kilo pour kilo, Mark Rebagliati a facilement apporté plus de métaux précieux à la maison que son fils, le médaillé d'or olympique en planche à neige Ross Rebagliati. Au cours d'une carrière en exploration minérale s'étendant sur 40 ans, le vice-président directeur de l'exploration chez Hunter Dickinson Incorporation (HDI) a découvert et reçu des prix de mérite pour certaines des plus grandes découvertes au Canada et ailleurs dans le monde. Mais l'exploration s'est transformée par sauts et par bonds et Rebagliati prévoit inspirer la nouvelle génération de prospecteurs à continuer de trouver de l'or en partageant certains secrets de sa réussite lors de la conférence de l'ACPE de cette année intitulée : Prenez un risque et prenez une décision!

CIM : Dans votre poste actuel chez HDI, quelle différence y a-t-il entre votre univers aujourd'hui et l'époque de vos débuts en géologie?
MR : Au milieu des années 60, je cognais sur beaucoup de portes pour être embauché par une petite société minière et finir par passer l'été en forêt au compte d'Anaconda Copper. J'ai adoré ça parce qu'on m'emportait en hélicoptère pour aller explorer en contrée sauvage. Maintenant, je dois glisser ça à chaque occasion qui se présente.

Ma position me donne la responsabilité des programmes d'exploration de HDI partout dans le monde. Alors je traite souvent de quatre à huit projets simultanément. Habituellement, je suis assis à une table avec 20 ou 30 géologues à discuter du volet géologique de chaque projet afin de formuler l'exploration.

CIM : Pourquoi avez-vous choisi le titre « Prenez un risque et prenez une décision! » pour votre présentation prochaine lors de la conférence de ACPE?
MR : Vous pourriez passer votre vie sans prendre de risque en tant que prospecteur à la recherche de gisements minéraux en calculant vos chances et en disant « non » à chaque intuition ou risque et il y a de bonnes chances que vous ayez raison. Mais parfois, la seule manière dont vous pouvez faire une grande découverte est prendre un risque avec une estimation avisée.

CIM : Y a-t-il eu un moment où vous avez pris un risque?
MR : Mon travail dans la zone productive possible de Pebble East en Alaska m'a posé un grand défi. Nous avions besoin de trouver une minéralisation à plus haute teneur, mais la décision avait été prise que nous ne pourrions pas faire des forages d'essai au-delà du périmètre extérieur de la fosse qui était dessinée. De mon point de vue, il n'y avait aucun doute quant à suivre l'intensité de la veine de quartz qui allait en augmentant vers l'est. Alors nous nous sommes installés à la limite de la fosse et nous avons foré un trou à 60 degrés au-delà de la limite.

Ce trou a mené à une découverte de plus de cinq milliards de tonnes de minéralisation que ce que nous cherchions à une teneur du double de la teneur trouvée sur le site. Cette découverte a transformé Pebble en la troisième plus importante ressource aurifère au monde.

CIM : De nos jours, la technologie de l'exploration n'élimine-t-elle pas beaucoup des incertitudes dans le choix de la bonne cible?
MR : Pas d'après moi. Nous devons toujours regarder plus profondément et très souvent, nous évaluons les caractéristiques à proximité de la surface pour déterminer ce que nous trouverons à des centaines de mètres plus profond. Nous repoussons constamment les limites de ce que nous pouvons voir et nos connaissances de la formation des gisements de minerai.

CIM : Quels sont les principaux points que vous aborderez à l'ACPE?
MR : Montez la meilleure équipe technique que vous pouvez durant l'exploration. Les membres n'auront pas tous les compétences nécessaires, mais rassemblez un groupe qui présente toutes les compétences dont vous aurez besoin. Écoutez ce que les experts vous disent, mais soyez ferme dans vos décisions. Lorsque les choses paraissent bien, repoussez les limites. Et lorsqu'il semble que les choses ne semblent pas aller dans le sens voulu, retirez les foreuses et économisez vos ressources pour une autre cible.

CIM : Avez-vous développé un sixième sens pour trouver de gros gisements minéraux?
MR : Plusieurs géologues d'exploration ont un don pour reconnaître les indices qui mènent à de grosses découvertes. Je m'estime heureux d'être parmi eux. Chaque gisement est différent. Mon conseil est de garder l'esprit ouvert à propos de ce que vous voyez et que vous ne voyez pas. Si, disons, 60 pour cent des caractéristiques que vous trouvez sur un site se conforment à vos modèles, il y a de bonnes chances que vous ferez une découverte. N'attendez pas d'obtenir une correspondance à 90 pour cent.

CIM : Dans quelle direction voyez-vous l'exploration aller? Y a-t-il des tendances à surveiller et comment l'exploration évoluera-t-elle?
MR : Il y a toujours des cycles dans le prix des métaux et des minéraux. Certains groupes chassent toujours ce qui est en vogue. Moi, je cherche ceux qui ont de la valeur à long terme.

La technologie que nous employons s'est améliorée immensément. Lorsque j'ai commencé en géochimie, il fallait mélanger votre échantillon dans une éprouvette pour trouver quelques métaux de base. Maintenant, nous envoyons au labo 500 grammes de sol dans un sac et nous obtenons des résultats indiquant la concentration de 42 éléments différents et nous utilisons des ordinateurs pour faire le tracé.

Aujourd'hui, nous pouvons voir à une profondeur d'un kilomètre plutôt que de 50 mètres. Et les levés gravimétriques qui étaient effectués au sol et qui étaient très ennuyeux peuvent maintenant être faits d'un avion. Nous avons aussi une beaucoup plus grande compréhension de la formation des gisements minéraux. Avec le GPS et toutes ces autres technologies, l'exploration est maintenant beaucoup plus économique.

CIM : Qu'est-ce qui rend une ressource minérale intéressante aujourd'hui?
MR : La diversité des produits de base. J'aime bien les gisements polymétalliques de sulfures massifs et les gites porphyriques parce qu'ils vous laissent jouer dans les marchés des métaux de base et des métaux précieux en même temps.

CIM : Quelle est la plus emballante découverte que vous avez faite?
MR : La plupart des prospecteurs seraient ravis de trouver un seul gros gisement. J'ai eu la chance d'en découvrir cinq. Mount Milligan était mon premier et Pebble East était vraiment une découverte de classe mondiale.

C'est valorisant de faire des découvertes qui offrent de l'emploi à long terme pour d'autres personnes et de voir la progression de chaque projet. Une autre chose à propos de ce travail, c'est que j'ai visité de 55 à 60 pays, y compris l'Afghanistan, le Kazakhstan et la Chine; j'ai vu des serpents, des lions et des ours polaires. J'ai fait une belle vie.

CIM : Y a-t-il des territoires miniers qui n'ont pas encore été exploités?
MR : Avec l'amélioration de la technologie et des transports, le monde entier demeure inexploré. Il y a deux complètement nouveaux districts en développement actuellement ici même. En Ontario et au Québec, il y a certains gisements d'or importants qui commencent à être exploités et ces provinces ont fait l'objet d'activité minière depuis plus de 75 ans. En Colombie-Britannique, deux districts de gisements exploitables en vrac sont en évolution. Pebble en Alaska est autre district entièrement nouveau.

CIM : Avez-vous un dernier conseil pour la nouvelle génération de prospecteurs?
MR : N'arrêtez jamais de lire les journaux techniques et de participer aux conférences et cours abrégés de géologie. Visitez toutes les mines que vous pouvez. Examinez les carottes d'autant de gisements que possible afin de reconnaître leurs caractéristiques. Prenez un risque et prenez une décision!
Publier un commentaire

Commentaires

Version PDF