février 2012

Les Premières nations et les relations humaines

Par Alexandra Lopez-Pacheco

Il y a cinq ans, Jamie Saulnier, fondateur de l'entreprise de construction de Winnipeg Connote Inc., a décidé de trouver une solution à la pénurie de main-d'œuvre dans son industrie en s'adressant aux communautés autochtones. Il était loin de se douter qu'à l'été 2010, le programme-pilote de formation autochtone qu'il avait développé pour embaucher des gens de la Nation crie Nisichawayasihk recevrait l'attention du Globe and Mail et serait décrit comme rien de moins que le plus ambitieux programme d'apprentissage pour les Premières nations au Canada.

« J'ai reçu des appels d'entreprises de partout en Amérique du Nord et en Amérique du Sud, et même de l'Australie, demandant comment elles pourraient prendre ce que nous avions accompli et le mettre en œuvre dans leur organisation, » raconte M. Saulnier. Il a réalisé qu'il y avait un besoin et un potentiel pour mener son initiative plus loin. À la fin de 2011, il avait renommé son entreprise Running Deer Resources (RDR) et lancé une nouvelle division dévouée à aider les communautés autochtones et le secteur privé à éliminer les entraves qui les empêchent de travailler ensemble afin de résoudre leurs défis respectifs.

Kliff Lengwenus, vice-président de RDR, a pris les rênes des opérations quotidiennes de la division construction de l'entreprise dont les clients comprennent Vale, Goldcorp, HudBay Minerals et Crowflight Minerals (maintenant CaNickel Mining). Saulnier a alors tourné son attention à bâtir une nouvelle division d'experts-conseils autochtones.

Une oreille pour les affaires

Ce qui rend l'approche de Running Deer radicalement différente est qu'elle commence par écouter. Depuis 2007, M. Saulnier a écouté d'innombrables Premières nations, y compris l'Assemblée des chefs du Manitoba et le Manitoba Keewatinowi Okimakanak, une organisation régionale de chefs de bande du nord du Manitoba, ainsi que des sociétés minières et d'autres dans le secteur privé et au gouvernement. La raison pour laquelle il a tant écouté est parce que dès le début, il savait qu'à moins de comprendre chaque point de vue, sa solution était vouée à l'échec.

« Je devais comprendre les enjeux politiques autochtones, les besoins des entreprises, où elles se tenaient sur le plan contractuel – tout ce qui concernait la communauté et la société minière – et comment le gouvernement fonctionne, explique M. Saulnier. J'ai mis les trois (Autochtones, sociétés minières et gouvernement) dans des catégories distinctes et je les ai abordés séparément. »

Il a embauché des personnes à diverses occasions afin de l'aider dans ses recherches, y compris des étudiants autochtones des programmes d'affaires des universités. « J'ai écouté des chefs autochtones et des chefs d'entreprise. Chaque fois, nous retournions une autre pierre, nous trouvions quelque chose d'autre à étudier et à comprendre, » révèle M. Saulnier.

À mesure qu'il écoutait, il identifiait certains problèmes clés. L'un deux était que la plupart des communautés autochtones auxquelles il a parlé n'avaient pratiquement aucun système de ressources humaines et de formation en place. « Elles ne sont pas établies du point de vue des RH, » explique-t-il. Si une entreprise de construction ou minière contactait une communauté pour trouver de la main-d'œuvre, cette communauté n'avait simplement pas de base de données ou d'outils pour fournir cette information. Lui et son équipe ont alors développé un système d'information sur les RH spécialement pour les communautés qu'elles pourraient alors gérer elles-mêmes.

Il y a également un volet personnel à ce travail pour M. Saulnier parce bien qu'il ne soit pas lui-même autochtone, il a grandi dans le nord de l'Ontario et très jeune, il est devenu un ardent défenseur de l'habilitation des communautés autochtones à devenir autonomes. « On peut maintenant aller dans une communauté et évaluer où ils en sont rendus en matière de système de RH et nous pouvons rédiger une fiche d'évaluation pour eux, dit-il. Grâce à ça, nous avons la possibilité de travailler en partenariat avec la communauté pour présente notre système de RH et former des coordonnateurs d'emploi qui peuvent le gérer. Notre système permet à une personne de s'assoir avec le coordonnateur et de répondre à des questions clés qui servent toutes à bâtir un curriculum vitae pour les besoins d'une société de construction ou minière. Ce CV est alors mis dans la base de données de la communauté qui identifie les personnes prêtes à travailler dès maintenant, les personnes qui seront bientôt prêtes et les personnes qui ont besoin de beaucoup de formation afin d'être prêtes.

Réseaux de compétences

La base de données est un puissant outil pour une communauté lorsqu'elle est approchée par une entreprise qui a besoin de travailleurs qualifiés immédiatement. C'est aussi un outil puissant pour les entreprises avec des projets à long terme. Il peuvent identifier et recruter des travailleurs pour l'avenir et leur donner la formation maintenant afin que ces travailleurs soient prêts à être employés lorsque le projet est lancé. Parce que M. Saulnier et son équipe a également fait beaucoup de recherches sur les programmes et les ressources de formation gouvernementaux et qu'en fait, ils ont travaillé étroitement avec la province du Manitoba pour développer son propre programme pilote, Running Deer peut aussi aider à connecter les entreprises avec les ressources gouvernementales.

« Le gouvernement canadien dépense des milliards de dollars sur la formation, mais pour le moment, la formation est faite simplement dans le but de donner une formation; il n'y a pas d'emplois de l'autre côté, » déclare M. Saulnier. En connectant les entreprises, les programmes gouvernementaux et les personnes autochtones, RDR motive les gens à rester dans les programmes parce qu'ils savent qu'ils recevront un emploi au bout du compte.

Grâce à son approche proactive, le système de Running Deer aborde l'ensemble de compétence élargi dont les entreprises auront besoin plutôt que seulement le travail manuel à court terme. Pour les communautés, cela signifie qu'elles peuvent faire grandir leur ensemble de compétences, ce qui présente des occasions d'emploi et d'entrepreneuriat même après qu'un projet minier soit terminé.

En règle générale dans le passé, dit Arnold Garder, ancien grand chef du Traité 3 en Ontario et chef de la Première nation Migisi Sahjaigan, les sociétés minières voyaient les communautés autochtones comme une ressource pour le travail manuel. « Elles nous voyaient comme la pelle pour extraire l'or, dit-il. Elles ne comprenaient pas qu'il y a un processus et beaucoup d'autre travail sur le site que les membres de la communauté pouvaient faire – par exemple, travailler dans les laboratoires et les bureaux – cela aurait ouvert des occasions pour les hommes et les femmes et surtout pour les jeunes. »

Le programme de Running Deer comprend aussi de la formation pour les aptitudes à la vie quotidienne, ainsi que le mentorat et l'observation au poste de travail, afin que les gens puissent trouver ce qui les intéresse vraiment et qu'ils sachent exactement quelles compétences sont requises pour la réussite.

C'est cette vision à long terme qui a convaincu M. Gardner de travailler avec Running Deer comme conseiller autochtone, bien qu'il ne se soit pas joint à l'équipe immédiatement. Plutôt, lui et M. Saulnier ont passé six mois à mieux se connaître, à établir la confiance, à écouter et à discuter des problèmes. « Jamie est venu chez moi, raconte M. Gardner. Je lui ai présenté notre culture, je lui ai donné un cadeau pour commémorer notre amitié et nous avons commencé à parler. » Ils ont cerné le besoin de mentorat et de formation pour les aptitudes à la vie quotidienne que les Premières nations recherchent, particulièrement celles dans les communautés isolées qui ont littéralement besoin d'aide à apprendre la culture non autochtone dans laquelle les sociétés minières et de construction évoluent.

M. Gardner qui a également travaillé pendant des années dans l'industrie minière et dans les programmes de formation et d'éducation pour les Premières nations, dit qu'il a vu trop de programmes de formation qui ne menaient à rien parce qu'ils ne produisaient pas d'emplois réels et trop d'entreprises offraient aux communautés autochtones seulement des emplois de travail manuel à court terme qui étaient aussi éventuellement sans issue. « Le fait d'être Chef ne me donnait pas toutes les réponses, conclut M. Gardner. Les gens ont des réponses. C'est cette approche que j'aime de Running Deer. Ils écoutent. Je ne veux pas faire partie de quelque chose où il y a de l'exploitation. Si quelque chose a un bon potentiel, je veux en faire partie. »
Publier un commentaire

Commentaires

Version PDF