février 2012

Possibilités différentes

« Il y a des fonds non conventionnels disponibles »

Par Anne Reitman

Avec la crise de l'Eurozone ayant plongé l'économie mondiale dans une seconde phase de troubles financiers et, par conséquent, un panorama de regroupement d'entreprises extrêmement varié, les sociétés minières se préparent à une période imprévisible sur les marchés classiques de la dette et boursiers. Dans toute cette incertitude, cependant, un nombre croissant de sociétés minières profitent d'autres stratégies financières afin de faire avancer leurs projets.

« De nos jours, c'est une question d'optionalité, affirme Lee Downham, associé responsable, mines et métaux mondiaux, services consultatifs en transactions chez Ernst & Young. Vous devez garder toutes vos options de financement ouvertes et ne pas vous attendre à pouvoir obtenir le financement des marchés boursiers et de la dette classiques. La disponibilité du financement ne reviendra pas à ce qu'elle était avant la crise. » D'après M. Downham, en toute équité, les entreprises qui cherchent des options de richesse privée ainsi que des sources d'investissement traditionnelles obtiendront leur financement avant celles qui se limitent aux moyens traditionnels.

De nombreux experts du financement utilisent l'exemple de la récente acquisition de European Goldfields. En octobre, Qatar Holdings a consenti à prêter 750 millions $US à European Goldfields qui est cotée en bourse à Toronto et à Londres pour financer le développement de mines en Grèce. Le fonds souverain du Qatar a également avancé 600 millions $US sous forme d'un prêt de sept ans garanti par les actifs aurifères grecs et d'un prêt additionnel non garanti de 150 millions $US. European Goldfields a maintenant accepté d'être achetée par Eldorado Gold pour la somme de 2,4 milliards $US, supplantant l'entente avec Qatar Holdings, mais c'est la stratégie elle-même que les gestionnaires de fonds examinent – à la fois en sélectionnant et en appuyant des entreprises déjà détenues qui cherchent du financement.

La richesse des souverains

Selon une étude d'Ernst & Young, les entreprises au début du pipeline du premier appel public à l'épargne (PAPE), allant d'une valeur de 200 millions $US à plusieurs milliards de dollars, font face à des délais allant jusqu'à 18 mois en anticipation de marchés plus stables. Cependant, l'obtention de financement privé dans l'intérim peut aider à faire progresser les actifs sous-jacents et présenter un cas mieux étayé pour un PAPE lorsqu'il se produit, explique Downham.

Et ce sont des conseils qui peuvent toucher un large éventail d'entreprises. Ernst & Young rapporte que la majorité des transactions en 2011 impliquaient des petites sociétés cherchant à mettre des actifs sur le marché bien qu'il y ait eu une augmentation dans la gamme de 200 millions $ à 1 milliard $ depuis 2008. Du même coup, les gros placements chez les gros producteurs ont diminué. Selon M. Downham, cette tendance est susceptible de continuer parce que les entreprises dans tout le secteur craignent de retomber au niveau d'endettement d'avant la crise.

« Les grandes sociétés limitent leurs achats à des actifs à bas prix, de haute qualité et extensibles ou à des entreprises qui peuvent offrir au moins un chevauchement opérationnel que personne d'autre ne peut apporter, tel que de l'expertise technique ou de la rentabilité, » explique M. Downham, ajoutant que les grandes sociétés continuent à considérer le fer, le charbon et le cuivre comme ayant de robustes fondamentaux. Mais les entreprises cherchant du financement minier doivent reconnaître que le monde a changé.

Ed Bowie, administrateur d'Altus Capital, ajoute que des alternatives sont critiques et nécessaires, particulièrement dans le marché à petite échelle.

« Il y a des fonds non conventionnels disponibles, y compris des fonds souverains, intéressés à des placements dans le secteur minier, l'or en particulier, » affirme M. Bowie, mais en règle générale, ces fonds ne participeront pas au financement ordinaire par actions. Leurs objectifs d'investissement et leurs calendriers sont différents; le développement de relations avec les sociétés est critique – la structure de l'entente avec European Goldfields est un excellent exemple de ce type de financement. » Toutefois, les fonds souverains sont habituellement pour de plus grosses transactions et surtout pour l'or ou des ressources stratégiques où il y a une connexion entre l'approvisionnement et le pays en question. De plus, ce genre de financement différent est motivé par les relations et exige des experts-conseils bien informés qui sauront établir des connexions. Bien que cela soit définitivement une option, ces fonds ne sont pas nécessairement vastes ou faciles d'accès.

M. Bowie note que les petites sociétés minières doivent considérer des placements privés et des ententes avec d'autres sociétés minières comme avenue pour attirer les investissements. Il cite notamment l'exemple de trois programmes d'exploration en Colombie qui ont récemment vu leurs actions achetées par Iamgold. Au cours des deux derniers mois de 2011, le producteur d'or canadien a annoncé l'acquisition d'un intérêt minoritaire dans Bellhaven Copper & Gold, Colombia Crest Gold et Tolima Gold.

Il ajoute que les sociétés minières doivent garder les voies de communication ouvertes. « En tant qu'actionnaire institutionnel, nous préférons avoir un dialogue relativement franc avec les sociétés dans lesquelles nous investissons et avoir l'occasion de soutenir les entreprises dans lesquelles nous avons déjà investi sans qu'elles aient nécessairement à aller sur les marchés ou à faire du financement hautement actualisé et très dilué, affirme M. Bowie. Si une entreprise a une bonne base d'actionnaires, elle doit s'assurer de la maintenir. »

George Rogers, chef des produits de base et du financement des ressources chez Investec Resources, un spécialiste des services bancaires d'investissement, note que dans l'univers des actions non cotées en bourse, il y a très peu de fournisseurs. « La plupart des fonds se concentrent sur les actions cotées en bourse et sont limités quant à ce qu'ils peuvent faire, explique-t-il, comme quel pourcentage d'investissement peut être fait dans des entreprises non cotées. Mes pour des établissements comme le nôtre, c'est définitivement une occasion d'appuyer financièrement des entreprises qui se préparent à un PAPE ou même celles qui ont besoin de financement privé en actions à long terme.

Forces des marchés émergents

Simultanément, les sociétés minières devraient savoir que la dynamique se déplace vers les sources de capital du Moyen-Orient et de l'Asie qui pourraient être mieux vu de l'Europe selon Elena Clarici, actuellement gestionnaire de portefeuille du Scipion Mining and Resource Fund. « La situation au Canada et en général ailleurs dans le monde développé est que les petites sociétés d'exploration sont encore principalement des instruments financiers, dit-elle. L'épargnant moyen achète pour son fonds de retraite ou pour la spéculation, pas pour verrouiller un approvisionnement d'un produit de base. Ce qui en ressort, et pour moi, c'est ce qui est le plus frappant, c'est que les investisseurs et les groupes des marchés émergents cherchent en réalité le vrai produit de base. Ils cherchent du minerai de fer, du cuivre et de l'or comme produits – comme matériaux plutôt que pour la spéculation avec un instrument financier. Ils ne sont pas prêts à prendre des risques boursiers parce qu'ils ont réellement besoin de l'approvisionnement. »

L'engagement de ressources envers un partenaire ne se fait pas sans certains avertissements, indique Mme Clarici. Elle croit que les entreprises peuvent découvrir qu'elles ont moins de liberté de décision parce que certains de ces groupes, tels que les actionnaires majoritaires, peuvent être principalement concernés par l'extraction du produit du sol à des prix favorables.

Cette stratégie est souvent suivie par les entreprises locales dans les pays en voie de développement qui n'ont pas accès aux marchés internationaux, mais cela peut devenir plus prévalent ailleurs si le climat d'investissements limités se poursuit, explique Mme Clarici.

Au Canada, par exemple, le projet de Selwyn Resources, une propriété de zinc-plomb dans l'est du Yukon, a conclu une entente de co-entreprise 50:50 avec Chihong, une société d'extraction et de fusion entièrement intégrée de zinc-plomb chinoise, pour investir 100 millions $ pour avancer le projet de Selwyn à la faisabilité bancaire et terminer la délivrance de permis tout en offrant l'accès aux banques de la Chine.

George Rogers d'Investec renforce que d'analyser toutes les options avec les yeux bien ouverts et de s'assurer que les modalités commerciales sont acceptables est l'approche du gros bon sens pour obtenir d'autres formes de financement. Il exprime également de l'optimisme que plusieurs sources de financement pour le secteur minier mondial deviendront disponibles d'ici la fin de l'année, malgré le fait que 2012 pourrait être une année en « montagnes russes ».
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