février 2012

Commentaire économique MAC

Fonds souverains : une occasion de croissance ou d'inquiétude?

Par Paul Stothart

Dans la sphère des investissements financiers, un des plus importants développements de politique des dernières années a été l'émergence des fonds souverains à une échelle sans précédent. Ces fonds reflètent l'implication active de l'État dans le secteur du pétrole et du gaz que l'on peut voir partout dans le monde, soit sous forme de propriété et de contrôle direct de l'industrie dans certains pays, soit par la règlementation active et les flux de revenus des redevances dans d'autres. Une grande partie des revenus de cette industrie est acheminée vers les fonds souverains des États souverains.

Alimentés par plusieurs années marquées par un cours du pétrole au-delà de 100 $ le baril, y compris un prix record de 140 $ en 2007, les fonds souverains ont amassé des sommes étonnantes de capital d'investissement. Ce capital peut alors être utilisé pour appuyer des investissements futurs et les priorités des propriétaires souverains. Dans certains cas, cela est accompli par le placement dans des fonds spéculatifs étrangers, des obligations gouvernementales et des entreprises de gestion des actifs; dans d'autres cas, cela s'accomplit par des investissements directs dans des projets et des entreprises étrangères.

L'entreprise de recherche Global Insight estime que la valeur combinée des fonds souverains du monde se chiffrait entre 4,5 et 5 billions de dollars au milieu de 2011; une somme supérieure aux économies établies de la Grande-Bretagne, de la France ou de l'Allemagne, et trois fois supérieure à celle du Canada. Certains croient que ce niveau pourrait monter à 10 billions $US d'ici 10 ans.

Sovereign Wealth Fund News classe 57 fonds dans son analyse périodique, les plus importants fonds selon les actifs sont :

  • Abu Dhabi Investment Authority : 627 milliards $
  • Fonds de pension du gouvernement de la Norvège : 570 milliards $
  • State Administration of Foreign Exchange (SAFE) chinois : 568 milliards $
  • Saudi Arabia’s Monetary Agency (SAMA) : 520 milliards $
  • China Investment Corporation (CIC) : 410 milliards $

Plus de 30 pays se sont dotés de fonds souverains. Certains fonds comme l'Alberta Heritage Savings Trust Fund sont établis au niveau sous-national. En tant qu'unique fonds souverain canadien, le fonds albertain a été créé en 1976 et a produit des investissements de 32 milliards $ durant son existence, alors qu'il est actuellement évalué à15 milliards $. Au cours des dernières années, la réduction de l'engagement de la province envers sa cotisation nette et le mauvais rendement des placements du fonds ont limité sa croissance. Cela pourrait illustrer une fixation sur le court terme qui pourrait d'un certain point de vue guider la politique pétrolière canadienne.

La pertinence de la croissance des fonds souverains pour l'industrie minière est que ces pays visent à convertir une part croissante du capital d'investissement du papier à des biens durables. Les États arabes du Moyen-Orient, par exemple, ont activement converti les revenus pétroliers en actifs étrangers au cours des dernières années, au point que les actifs étrangers de la région étaient estimés à 2,2 billions $ à la fin de 2011, dont un tiers est détenu par des fonds souverains, d'après l'Institute of International Finance.

Le fonds chinois SAFE a investi dans Rio Tinto, Shell et BP entre autres sociétés de ressources. La China Investment Corporation a investi 3,5 milliards $ dans Teck Resources en 2009, faisant ainsi l'acquisition de 17 pour cent des actions dans le cadre d'un arrangement stratégique plus large. La CIC a également investi dans des sociétés pétrolières et des trusts énergétiques à l'échelle mondiale, et elle a ouvert un bureau à Toronto afin de mieux pouvoir évaluer les occasions nord-américaines. Les fonds souverains chinois et les agences gouvernementales connexes sont d'importants investisseurs dans le secteur des ressources en Australie et en Afrique au cours des dernières années : Les investissements de la Chine en Afrique devraient atteindre 50 milliards $ d'ici 2015, une augmentation de 70 pour cent par rapport à 2009 d'après la Standard Bank sud-africaine.

Durant les dernières années, les débats ont fait rage concernant le rôle des fonds souverains – des inquiétudes concernant l'opacité et l'orientation politique et idéologique possible de ces fonds, mélangées avec un appui positif de leur capacité d'offrir de la liquidité et de la stabilité à l'économie mondiale. Les Principes de Santiago ont été élaborés en 2008 afin de guider l'exploitation et les pratiques d'investissement des fonds souverains, bien que ces principes aient été décrits par certains analystes comme était faibles et inefficaces. La question du “pétrole éthique” dont on entend beaucoup parler est pertinente sur ce point. Est-ce que de gros consommateurs comme les États-Unis souhaitent voir une telle proportion des revenus d'importation du pétrole aller vers l'Arabie Saoudite, l'Irak ou la Libye pour leurs investissements à venir ou vers des pays comme le Canada?

L'ampleur de cette question ne risque pas de diminuer avec le temps. La firme de placement Goldbach Sachs avait estimé en 2008 que 1,8 billion $ sera transféré chaque année des consommateurs de pétrole aux producteurs de pétrole – une richesse qui est acheminée en grande partie vers les fonds souverains des pays producteurs de pétrole.

Récemment, l'Association minière du Canada a publié ses Faits et chiffres annuels de 2011. Une partie décompose les 137 milliards $ estimés qui pourraient possiblement être investis dans des projets miniers canadiens au cours des prochaines années. Bien que chaque entreprise et projet procèdera à son propre rythme et puisera dans une gamme de sources de financement, il est concevable que certains fonds souverains du monde soient sollicités pour soutenir ces investissements. Ce sera un autre volet intéressant de l'industrie minière canadienne à suivre au cours de la prochaine décennie.

Paul Stothart est vice-président, affaires économiques de l'Association minière du Canada. Il est responsable d'avancer les intérêts de l'industrie concernant la fiscalité fédérale, le commerce, les investissements, le transport et l'énergie.
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