déc '12/jan '13

La puissance de la table ronde

EMESRT fait entendre une voix unifiée pour accélérer la conception d’appareils plus sûrs

Par Herb Mathisen

Caterpillar a ajouté des systèmes d’accès alimentés à ses grands camions miniers, ses grandes chargeuses sur roues et ses grands tracteurs au cours des dernières années, en partie en conséquence de son engagement dans le projet EMESRT | Courtoisie de Caterpillar


Jusqu’à récemment, la modification de chaque appareil de terrassement était acceptée comme un coût d’exploitation pour les sociétés minières, rappelle Tony Egan, directeur du développement des affaires et des projets spéciaux chez Xstrata Coal.

« En Australie, nous avons une bonne pratique en modification d’appareils sur place, avec les concessionnaires, » ajoute-t-il, même si cette méthode entraîne souvent un délai de livraison pouvant atteindre huit semaines et une augmentation du coût de ces appareils, qui valent déjà plusieurs millions. Egan s’étonnait que les fonctions de sécurité pour lesquelles il devait attendre ne soient pas disponibles sur tous les appareils dès leur sortie de l’usine. Il n’était pas seul.

Des sociétés comme la sienne avaient demandé aux fabricants d’intégrer aux appareils des fonctions de sécurité supplémentaires à celles prévues par les normes ISO, mais avec la divergence d’opinions dans l’industrie, les fabricants d’équipement d’origine ne pouvaient justifier le coût de ces modifications.

Cela amena Egan à développer une stratégie innovatrice. Si plusieurs sociétés, profitant de leur pouvoir d’achat combiné, pouvaient parler d’une seule voix aux services de marketing des fabricants (qui tiennent les cordons de la bourse de recherche et développement), ces fabricants seraient obligés d’écouter.

C’est ainsi qu’est née la Table ronde sur la sécurité des appareils de terrassement (Earth Moving Equipment Safety Round Table, EMESRT), qui a grandi au cours des six dernières années pour devenir un conglomérat des 15 plus grandes sociétés minières du monde.

Il semblerait que les fabricants ont compris le message : Egan fait remarquer que « les délais et les coûts d’assemblage ont grandement diminué à l’échelle mondiale » – une réduction pouvant atteindre 80 pour cent – grâce aux efforts d’EMESRT.

Les normes ISO ne font pas le poids

Les accidents impliquant l’équipement comptent pour une grande part des décès au travail. D’après une étude australienne publiée dans le Journal of Safety Research, 36,7 pour cent des décès accidentels au travail entre 2000 et 2002 « mettaient certainement ou probablement en cause des problèmes de conception » de la machinerie et de l’équipement. L’étude a montré que dans l’industrie minière, plus de 57 pour cent des décès sont liés à un problème de conception.

Jim Joy, directeur des services de gestion du risque chez JKTech Pty Ltd. et médiateur EMESRT, souligne que les fabricants ont pour habitude de concevoir des appareils qui répondent aux codes de sécurité ISO. Or, ces normes correspondent à des exigences de sécurité minimales, et Joy estime qu’elles n’identifient pas les risques particuliers ou les facteurs humains en cause.

« À EMESRT, nous essayons de faire comprendre aux fabricants qu’il faut aller au-delà des normes, » précise Joy.

EMESRT a défini huit catégories de risques distinctes, nommées philosophies de conception, qui vont du travail en hauteur à la manutention des jantes et des pneus. La table ronde a développé une technique d’évaluation des risques basée sur les tâches au travail pour chacune de ces philosophies de conception. Chaque tâche associée à l’exploitation ou l’entretien d’un appareil, et chaque risque auquel un travailleur est exposé sont en cours d’évaluation. En mesurant la fréquence à laquelle une tâche est effectuée et la gravité des conséquences indésirables, EMESRT quantifie le risque et identifie des points qui posent un danger important aux travailleurs. Forts de cette information, les fabricants peuvent travailler à l’élimination ou à la réduction des principaux facteurs de risque dès la conception de leurs appareils.

Par exemple, avance Egan, Caterpillar a récemment redessiné ses appareils de façon que les filtres à huile puissent être changés au sol lors des entretiens de routine, ce qui évite à l’employé de devoir grimper. « Quand on a les pieds au sol, on risque moins de tomber, n’est-ce pas? » précise-t-il.

Avant EMESRT, se souvient Egan, les fabricants ne recevaient des commentaires des clients qu’à la suite de problèmes. « Les faiblesses de conception n’étaient découvertes que quand quelqu’un finissait par se blesser dans un accident grave. »

Mais grâce aux commentaires constructifs réguliers d’utilisateurs expérimentés, les concepteurs peuvent adapter leurs appareils dès la phase de conception.

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