déc '12/jan '13

Des corps minéralisés de haute technologie

Le passage à l’extraction minière dans les produits électroniques est mental plutôt que physique

Par Zoë Macintosh

Les téléphones cellulaires ont une bien plus grande valeur au poids que les corps minéralisés extraits du sol | Courtoisie de CellCycle.ca


Les téléphones cellulaires contiennent un grand nombre de minerais (l’or, l’argent, le platine, le cuivre) et plus de 50 autres métaux spécialisés. En tant que corps minéralisé, les téléphones cellulaires représentent une bien plus grande valeur au poids que les matériaux bruts extraits des mines : cette remarque est à l’origine de l’apparition d’une chaîne de valeur parallèle à l’industrie minière traditionnelle. Mais bien des progrès restent à faire dans ce domaine, et les obstacles les plus importants à l’augmentation de la production sont psychologiques plutôt que technologiques.

« J’ai mis du temps à voir la valeur qu’on pouvait tirer de l’achat et de la vente de vieux téléphones cellulaires, car je croyais que cela concernait l’industrie du recyclage, » explique Patrick Hebert Jr., directeur de la société de récupération de vieux appareils électroniques CellCycle.ca. « Mais en fait, c’est une forme d’extraction minière, d’extraction urbaine. Voilà des produits de grande valeur, qui ne sont plus utilisés Nous n’avons qu’à faire preuve de plus de créativité pour le sourçage. » La société canadienne offre des produits électroniques au rebut en vrac à des fonderies régionales et étrangères.

Avant de démarrer sa propre entreprise, Hebert était analyste des déchets électroniques dans une société de recyclage de produits électroniques qui a fermé depuis. En 2009, un essai pyrognostique l’a amené à douter de l’approche de recyclage des téléphones que proposait son employeur. Le test a montré que les cendres des téléphones cellulaires contenaient 235 grammes d’or par tonne. « Un ordinateur entier contient environ 11 grammes d’or par tonne, » mentionne Hebert. Tout à coup, les pratiques de l’entreprise, qui consistaient à écraser des produits volumineux et de basse qualité comme des téléviseurs et des ordinateurs pour les revendre à une fonderie, lui parurent un gaspillage de ressources.

Mais quand Hebert suggéra de cibler les téléphones cellulaires, il se heurta à un refus catégorique. La société de recyclage n’était pas intéressée à offrir son service de réduction du volume sur des produits qui exigent un traitement par la chaleur, qui est la meilleure façon de séparer les métaux et les plastiques entremêlés dans les cellulaires, raconte Hebert. Elle s’inquiétait trop des émissions. La société a fermé ses portes la même année en raison des profits insuffisants.

Hebert croit que pour connaître le succès, les sociétés de recyclage de produits électroniques doivent changer leur modèle d’affaires. « Selon moi, ces produits exigent un traitement qui ressemble plus à l’extraction minière qu’au recyclage, » précise-t-il.

L’approche par extraction minière : Une collecte active des déchets électroniques

En cherchant une manière sûre de se débarrasser de sept millions de sacs de sous-produits restés en stocks après la fermeture de l’entreprise, Hebert a visité des installations d’extraction de valeur des déchets de l’industrie minière. Au contact de vendeurs de briques faites de boues d’extraction minière, il a découvert que plusieurs d’entre eux ont l’habitude de rechercher de la valeur dans les déchets. Hebert eut l’idée de s’inspirer de l’industrie minière pour cibler directement des sources de matériel qui n’attiraient pas son attention précédemment.

Son entreprise privilégie une gestion des téléphones cellulaires en deux volets : CellCycle.ca rachète des téléphones auprès des particuliers et des entreprises, efface les données qui s’y trouvent et les revend sur eBay, dans son magasin ou à des distributeurs internationaux. Les téléphones qui ne peuvent être revendus parce qu’ils sont trop endommagés ou parce que des données ne peuvent être effacées sont revendus à profit à EDI Refining, un distributeur d’Orillia en Ontario qui les déchiquette et les envoie en vrac à un site final comme la fonderie Xstrata-Horne à Rouyn-Noranda au Québec ou la fonderie Rönnskär de Boliden à Skelleftehamn en Suède.

« D’une certaine manière, plutôt que d’exploiter un gisement de grande valeur, on travaille avec 26 millions [de détenteurs de cellulaires au Canada] qui ont un objet de valeur, » résume Hebert. « Mais plus précisément, parmi ces 26 millions de personnes, certaines sont de grandes organisations composées de centaines ou de milliers d’employés et distribuent un téléphone à chacun. C’est là que se trouve notre source, c’est ça, notre mine. »

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