déc '12/jan '13

Un débat sur l’utilisation de travailleurs du charbon étrangers

Une mine chinoise amène une question sur le marché du travail au Canada

Par Zoë Macintosh

Les haveuses pour grands fronts se déplacent automatiquement sur l’avancement de charbon | Helen Simonsson


La société HD Mining sous contrôle chinois s’est attiré les foudres de tous en octobre pour sa décision d’employer 201 travailleurs chinois au dépôt de charbon métallique de Murray River. La presse estime que la société a fait preuve de discrimination à l’égard des Canadiens en indiquant le mandarin parmi les exigences des offres d’emploi qu’elle a publiées. La société prévoit développer le dépôt de Murray River avec des haveuses pour grands fonds, une méthode d’extraction du charbon qui n’est plus pratiquée au Canada. La production devrait débuter en 2015.

Jody Shimkus, vice-présidente aux affaires environnementales et législatives chez HD Mining, a nommé publiquement le manque d’expérience en extraction par haveuse au Canada pour justifier le fait que la société doive rechercher sa main-d’œuvre ailleurs. Le Programme canadien des travailleurs étrangers temporaires a permis l’embauche en répondant à la demande de la société par un avis positif relatif au marché du travail.

Mais un énoncé de Shimkus a confirmé que les travailleurs étrangers temporaires sont amenés pour faire un travail d’échantillonnage d’ensemble sur 100 000 tonnes, plutôt qu’une extraction à haveuse. Dans ce type d’extraction, la haveuse automatique effectue des allers-retours sur l’avancement de charbon. Un système de soutien hydraulique installé au-dessus de la machine la fait avancer. La dernière mise en place réussie de cette méthode au Canada, la mine Prince au Cap Breton, a fermé en 2001 après une diminution de production prolongée. L’échantillonnage d’ensemble, par contre, est un procédé d’extraction standard de tous les secteurs miniers, qui permet à la société d’évaluer la valeur d’un dépôt. Dans ce cas, l’échantillonnage d’ensemble est effectué en même temps que la création des tunnels et points d’entrée de la nouvelle mine.

« Cette étape préalable à l’exploitation demande une préparation du terrain [en surface], qui sera fait par des sociétés canadiennes locales, et un travail souterrain exigeant des compétences particulières qui sont rares en Colombie-Britannique et au Canada », selon l’énoncé d’HD Mining.

Mais Bobby Burchell, représentant canadien de l’association United Mine Workers of America, n’est pas d’accord. « Quand ils nous disent qu’on ne trouve pas d’expertise [en échantillonnage d’ensemble du charbon] au Canada, c’est n’importe quoi, » dit-il. Burchell, qui a travaillé dans des mines à haveuse, ajoute que la seule différence entre l’échantillonnage souterrain de charbon et l’échantillonnage d’or ou de diamants est la plus grande exposition au gaz méthane.

Le gouvernement fédéral pourrait le soutenir. Il est en train de réviser le Programme canadien des travailleurs étrangers temporaires. « Nous ne sommes pas satisfaits des efforts fournis pour recruter ou former des travailleurs canadiens intéressés par ces emplois, » souligne Diane Finley, ministre des Ressources naturelles et du Développement des compétences. « C’est clair pour notre gouvernement que le Programme canadien des travailleurs étrangers temporaires pose certains problèmes. Nous prenons cela très au sérieux. »

L’idée d’amener des travailleurs étrangers expérimentés a amené à l’avant-plan l’importance de la formation.

« Selon moi, les entreprises de l’industrie du charbon et les gouvernements devraient investir beaucoup plus d’argent dans la formation au travail dans le domaine minier pour les jeunes Canadiens, » estime Burchell, qui fait remarquer que la production par haveuse pour grands fronts au projet de Murray River ne démarrera pas avant un an encore.

Burchell représente le syndicat de Grande Cache Coal, l’une des deux mines de charbon souterraines encore en exploitation au Canada. La mine a aussi formé « beaucoup » des mineurs de roche dure, dit-il, et les a informés des derniers développements quant aux conditions et risques uniques à l’environnement du charbon une fois sous terre.

Mais une formation sur les haveuses pour grands fronts demanderait l’investissement de ressources. « De nombreuses personnes croient qu’on peut former un mineur à haveuse ou un mineur de charbon en dix minutes, mais ça n’arrivera pas, » ajoute Ed Taje, chef inspecteur des mines de charbon souterraines de Colombie-Britannique qui a travaillé dans des mines à haveuse pour grands fronts. « La raison pour laquelle on extrait le charbon, c’est qu’il brûle. Donc, dans le fond, on cherche à extraire un combustible. Du coup, on est beaucoup plus prudent et conscient des risques. C’est une culture différente.

De nombreux inspecteurs de mines de Colombie-Britannique ont déjà participé à des échanges de connaissances sur les haveuses à grands fronts en Chine. Une visite d’HD Mining et de mines de partenaires en Chine en octobre 2011 a marqué la première fois que plusieurs d’entre eux voyaient une haveuse, rappelle Taje. « Ça leur a ouvert les yeux », explique-t-il. « Je crois que certains d’entre eux sont venus avec l’idée qu’ils verraient ce qu’on raconte sur la Chine [qui est négatif] dans les journaux. Et en fait, ils ont visité un site d’exploitation moderne qui respecte les normes actuelles […] qui n’est pas si différent de ce que l’on fait ici. »

La raison pour laquelle les inspecteurs de Colombie-Britannique avaient besoin de cette formation supplémentaire, c’est que toute l’expérience au Canada sur les haveuses pour grands fronts se trouve chez des mineurs de l’est du pays qui sont maintenant au milieu de la cinquantaine. Ces travailleurs pourraient toujours offrir des formations et de l’accompagnement, estime Bob MacDonald, directeur général des exploitations et de la réhabilitation de sites chez Enterprise Cape Breton Corporation.

MacDonald ajoute que la question de l’importation de main-d’œuvre pour des mines de charbon risque d’être récurrente. « L’industrie minière en Australie traite avec la question [de l’importation de main-d’œuvre] d’une manière pratique, » note-t-il. « Actuellement, il est difficile d’y trouver des travailleurs pour l’extraction de charbon. C’est vraiment difficile partout dans le monde. »

Traduit par SDL

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