déc '12/jan '13

Perspectives

Entretiens

Par Anna Reitman

John Gravelle est le responsable de l’industrie minière pour le Canada et les Amériques à PwC, poste qu’il occupe à Toronto. Il vient en aide aux grandes entreprises minières qui ont des problèmes opérationnels.

CIM : Les autres formes de financement sont un sujet d’actualité, notamment depuis que le rapport de PwC indique une baisse de 43 % de la capitalisation boursière pour les 100 entreprises minières les mieux cotées de l’indice TSX. Pour avoir accès à ces sources de financement, faut-il connaître les bonnes personnes?

JG : Les investissements par les sociétés asiatiques ont retenu l’attention puisqu’ils sont très importants et qu’ils tendent à vouloir prendre la forme d’une intégration verticale. Par exemple, bon nombre d’acquisitions ont été effectuées dans la fosse du Labrador par des sociétés chinoises telles que Wisco et des sociétés indiennes telles que Tata Steel. Ces ententes requièrent la collaboration de personnes qui entretiennent des relations avec des membres de la direction et qui peuvent avoir accès aux échelons pertinents au sein de ces entreprises. Bon nombre de personnes se sont rendues en Chine et, pendant des mois, ont tenté sans succès d’entrer en communication avec les personnes appropriées au sein des entreprises.

Les activités ont principalement visé le domaine des minerais de fer, mais on prévoit également l’exploitation de gisements de chromite de haute qualité et d’autres métaux de base. L’intérêt des entreprises chinoises et du secteur privé dans la potasse est par contre moins marqué. Les terres rares sont une autre forme d’intégration verticale; Toyota a d’ailleurs conclu une entente au Québec.

Les aciéries et les fabricants d’automobiles ne veulent pas exploiter des mines, ils recherchent des stimulants économiques. La formule vise la participation dans les parts d’une société ouverte, ainsi que l’établissement d’une coentreprise en regard de la propriété et d’un produit d’exploitation garanti.

CIM : Y a-t-il de bonnes nouvelles pour les petites sociétés?

JG : L’année 2013 devrait être plus positive. Pour les matières premières, je crois que l’or est déjà sur une bonne lancée. Pour ce qui est des métaux de base, nous attendons toujours de bonnes nouvelles de la Chine. La Chine a dû composer avec des problèmes d’inflation et un changement de gouvernement. Il est primordial pour un régime unipartite de montrer de bons résultats économiques au cours de l’année qui suit un changement de régime, mais cela prendra du temps avant que les dépenses d’infrastructure annoncées au cours des derniers mois stimulent la demande pour des ressources.

Tout dépendra de l’Europe. Si l’Europe arrive à éviter une crise de solvabilité du système bancaire ou une défaillance d’un emprunteur souverain, les résultats devraient être avantageux en ce qui concerne les métaux de base au cours du prochain ou des prochains trimestres.

J’ai également constaté des signes d’optimisme provenant des fusions et des acquisitions en Colombie et au Mexique, par exemple, la prise de contrôle de Calvista par AUX.


Mark Bristow occupe le poste de directeur général à Rangold Resources depuis sa fondation. Cette entreprise a été fondée sur ses travaux d’exploration en Afrique occidentale et son fondateur est un des piliers pour une industrie minière durable. Randgold exploite bon nombre de programmes d’opérations et d’exploration à l’échelle de l’Afrique occidentale et centrale.

CIM : Quels avantages l’Afrique occidentale offre-t-elle?

MB : Ces dernières années, l’Afrique occidentale est devenue un des plus grands districts aurifères dans le monde. Étant donné l’état stable ou en déclin de la production d’or mondiale et le déclin irréversible des précédents chefs de file mondiaux en production aurifère tels que l’Afrique du Sud, cette région demeure une des rares à non seulement maintenir un solide profil de production, mais en plus, à offrir d’excellentes possibilités pour réaliser de nouvelles découvertes d’envergure mondiale. Connaissant les difficultés du secteur à assurer la croissance partout ailleurs, le Ghana, le Mali, le Sénégal, la Tanzanie, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, quant à eux, permettent d’envisager des profits substantiels pour l’extracteur d’or astucieux. Il en va de même pour l’Afrique centrale, notamment la République démocratique du Congo, qui présente un fort potentiel dans le domaine aurifère, mais qui reste une région encore très peu explorée.

CIM : Quels sont certaines des plus grandes difficultés?

MB : Le plus grand facteur de risque en matière d’investissement en Afrique occidentale est le même que dans tous les pays émergents : infrastructures insuffisantes et compétences limitées. Notre philosophie d’investissement à long terme qui prend appui sur le succès des partenariats que nous avons su établir auprès des pays hôtes nous a permis de nous attaquer à la question de l’infrastructure et nous nous affairons à élargir cette approche. À l’heure actuelle, par exemple, nous sommes en pourparlers avec certains gouvernements et services publics d’électricité de l’Afrique occidentale concernant la mise sur pied d’un réseau d’électricité régional. En ce qui concerne les risques politiques, ceux-ci ont beaucoup diminué ces dernières années bien que le Mali et la Côte d’Ivoire aient toujours à composer avec les contrecoups des récentes agitations politiques qui y sont survenues. Ces incidents n’ont pas eu grand effet sur nos activités là-bas et nous avons la certitude que la pleine stabilité reviendra. Ces derniers mois, certains gouvernements de l’Afrique occidentale ont manifesté leur appétit pour une plus grande part du gâteau dans l’industrie minière, mais encore une fois, nous croyons qu’en leur démontrant la rentabilité d’un développement durable de l’industrie aurifère, qui sera avantageux pour tous les acteurs des marchés et particulièrement le pays hôte, nous allons les persuader de s’engager à long terme avec nous pour la réalisation de cet objectif.

CIM : Quelles seront les plus grandes réussites?

MB : Dans le secteur de l’exploitation aurifère, la véritable croissance s’effectuera en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Mali, au Sénégal et au Burkina Faso. Dans le secteur de l’exploitation de minerai de fer, c’est plutôt la Guinée et le Libéria qui connaîtront cette croissance. Ces pays ont à leur tête de nouveaux gouvernements portant un regard nouveau sur la façon dont le régime financier et les mesures de reddition de compte sont appliqués, tout en amorçant, en parallèle, leur propre évolution politique. Je m’attends à une amélioration continue de la transparence.

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