déc '12/jan '13

Perspectives en matière de ressources humaines

L’innovation technologique est-elle la solution à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée?

Par Ryan Montpellier

En 2012, les sociétés minières canadiennes ont encore eu du mal à recruter et à retenir la main-d’œuvre appropriée pour exploiter leurs mines. De nos jours, les sociétés doivent composer avec une pénurie réelle de main-d’œuvre qualifiée qui a un impact important sur toute la chaîne, grandes et petites entreprises, fournisseurs et entrepreneurs. Depuis deux ans, le manque de main-d’œuvre qualifiée est le deuxième plus important facteur de risque d’après le rapport annuel Business risks facing mining and metals d’Ernst & Young. Cependant, malgré ces défis, la plupart des recruteurs ont connu une année sans grande difficulté. Le prix des produits de base est demeuré constant et a même accusé une baisse importante dans certains cas, ce qui a limité la croissance de l’emploi dans le secteur. En conséquence, les efforts en matière d’emploi en 2012 se sont concentrés sur le remplacement de main-d’œuvre plutôt que sur la croissance.

Historiquement, les augmentations du prix des produits de base ont entraîné le développement de nouveaux projets et l’augmentation de la production sur les exploitations existantes. D’après l’Association minière du Canada (AMC), les projets nouveaux ou les projets d’expansion qui sont actuellement en phase d’évaluation environnementale ou d’obtention de permis totalisent plus de 140 milliards de dollars. Si le marché s’améliore, plusieurs de ces projets obtiendront le feu vert, ce qui augmentera considérablement la demande de main-d’œuvre.

Cette course à l’obtention de talents entraînera certainement une hausse des coûts liés à la main-d’œuvre. Les effets de la pénurie de main-d’œuvre qualifiée commencent à faiblir, car les sociétés entendent le même message depuis des années. Mais il demeure que nous devons agir dès maintenant, avant de subir une hausse de la demande à laquelle le nombre de travailleurs disponibles ne pourra pas répondre. En fait, en 2012, de nombreux projets miniers ont déjà subi des délais ou dû carrément être annulés à cause de l’augmentation des coûts. Mais que peuvent faire les acteurs de l’industrie?

La pénurie de main-d’œuvre est un problème difficile à régler. D’un point de vue strictement économique, quand une ressource se fait rare, son coût augmente jusqu’à ce qu’elle soit remplacée sous l’effet des investissements de remplacement. Les études sur le sujet publiées par le MIT et d’autres institutions indiquent que la pénurie d’un intrant encourage l’investissement dans l’innovation et l’adoption de nouvelles technologies. En conséquence, la rareté de la main-d’œuvre que l’industrie minière subit actuellement risque d’entraîner des innovations technologiques par bonds ou par étapes.

En 2013 et au-delà, je m’attends à ce que nous soyons témoins de ce phénomène. Déjà, dans plusieurs mines d’Australie où la main-d’œuvre est plus rare encore qu’au Canada, on peut voir des camions à benne sans conducteur, guidés par GPS. Par exemple, le système de transport autonome de Komatsu est en cours de déploiement à la mine West Angelas de Rio Tinto. Au Canada comme ailleurs, nous avons plusieurs exemples d’extraction à distance, c’est-à-dire de mines qui exploitent certains types de machinerie à distance et même, dans certains cas, depuis la surface.

Selon moi, l’industrie connaîtra une augmentation des investissements en technologie et en innovation. D’après Statistique Canada, l’industrie du minerai et des métaux dépense déjà plus de 500 millions de dollars chaque année en recherche et développement (R. et D.), et sept des 100 plus importantes entreprises de R. et D. au Canada sont des sociétés minières. Les investissements prennent de l’ampleur et les effets de cette évolution sur la main-d’œuvre sont inévitables. Nous chercherons toujours à augmenter l’efficacité et le rendement des projets, et à réduire notre dépendance envers la main-d’œuvre comme principal outil de production. L’industrie aura toujours besoin de travailleurs, bien sûr, mais les compétences requises seront très différentes.

La technologie jouera un grand rôle dans la solution à long terme, mais les sociétés ont toujours des besoins en ressources humaines à court et à moyen terme. Il n’y a aucune solution facile, bien que certaines sociétés s’en tirent mieux que d’autres.

Quatre façons de trouver et de retenir les meilleurs employés

Des consultations avec plus de 30 leaders en ressources humaines du secteur minier ont aidé le RHiM à mettre au point des initiatives visant à attirer et à retenir les employés.

1. Diversifier sa main-d’œuvre : développer des stratégies clés pour attirer, recruter et retenir les femmes, les autochtones et les immigrants canadiens.

2. Identifier les employés hautement qualifiés ou à fort potentiel et leur offrir un parcours de perfectionnement accéléré ou par accompagnement.

3. Souligner les connaissances, les compétences et les aptitudes des employés par des programmes de reconnaissance officiels comme le Programme de reconnaissance professionnelle de l’industrie minière canadienne.

4. Mettre en place des modalités de travail flexibles et des horaires variables pour répondre aux besoins des employés. Les solutions universelles ne suffisent tout simplement pas.


Ryan Montpellier est chef de la direction du Conseil des ressources humaines de l’industrie minière (RHiM) du Canada. Tout récemment, Ryan a reçu le prix Jeunes Leaders Canadiens du Secteur Minier ICM-Bedford 2011 en reconnaissance de ses réalisations visant à relever les défis du marché du travail et des ressources humaines que traverse l’industrie.

Traduit par SDL

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