déc '12/jan '13

Financer

Les nouveaux projets dans le nouveau contexte de financement

Par Mauro Chiesa

Alors que les projets miniers prennent plus d’envergure et comportent plus de risques, le marché des capitaux devient plus prudent. De ce fait, les marchés sont très fragmentés, ce qui force les sociétés minières, grandes et petites, à envisager des modes de financement à la pièce et à travailler avec plusieurs sources de financement à la fois. Voici quelques sources de financement à envisager :

Le financement bancaire : En raison de l’incertitude économique en Europe, de la volatilité du cours des produits de base et de l’augmentation du risque, les banques, qui étaient auparavant la principale source de prêts à long terme, ne peuvent plus se permettre d’engager des sommes importantes à long terme. Certaines banques peuvent offrir des solutions de crédit permanent, qui offrent aux sociétés les fonds d’investissement et de construction intérimaire dont elles ont besoin, mais ces solutions ne sont disponibles qu’aux sociétés qui disposent d’un historique d’exploitation démontrant leur solvabilité en garantie, qui peuvent offrir une assurance de paiement soit par des titres à moyen terme ou par la vente d’actifs, ou qui ont un partenaire stratégique. Cette voie n’est pas accessible aux petites sociétés minières non productrices.

Le financement par participation jusqu’à l’achèvement du projet : Le marché de la participation est à la baisse, particulièrement pour les sociétés minières dont les résultats sont opaques et les dépenses d’investissement dépassent les ressources. Néanmoins, certaines sociétés peuvent obtenir un financement jusqu’à l’achèvement du projet, à la condition de divulguer clairement et en entier leurs données financières et techniques. Les projets Osisko, Detour Lake et Rubicon en sont de bons exemples.

Le financement en continu : Les nouveaux projets peuvent recevoir des sommes à l’avance en échange de la livraison à prix réduit de métaux durant toute la durée d’exploitation du projet. Le financement en continu offre l’avantage de présenter moins de conditions d’admissibilité au prêt. En outre, le prêteur assume une partie du risque associé à la production. Cependant, les petites sociétés qui présentent un nouveau projet doivent aborder cette solution avec prudence pour éviter de se retrouver liées à une source de financement unique et partielle. Les petites sociétés gagneront à conclure des ententes de financement en continu doublées d’autres accords de financement afin de garantir un accès à des fonds suffisants.

Les actifs existants : Plusieurs sociétés doivent maintenant ajuster leurs dépenses d’investissement planifiées à leurs fonds de roulement disponibles ou vendre des actifs existants pour en financer de nouveaux. C’est le cas de Taseko, qui a vendu des parts dans le projet Gibraltar pour financer le projet New Prosperity, ou de Sabina qui a vendu ses actifs de zinc et d’argent à Hackett River pour financer le développement de Back River. Les grandes sociétés minières aussi vendent des actifs. C’est le cas notamment de BHP, RTZ, Iamgold et Kinross. Une autre stratégie adoptée récemment par les grandes sociétés consiste à offrir aux sources de financement en continu une assurance de livraison sur la production future de métal dans des mines existantes. Le financement en métaux par Barrick et Teck en 2008, puis par HudBay et Inmet en 2012, laisse présager d’une nouvelle tendance où le financement en métaux ne sera plus réservé aux petites sociétés. Une autre stratégie encore, adoptée par Barrick en Afrique et SouthGobi en Asie, consiste à émettre des parts sur les bourses émergentes. Puisque ces marchés comprennent mieux les projets qui se situent dans leur région, ils procurent un meilleur financement pour un risque moindre.

Investissement d’un partenaire stratégique : Un partenaire stratégique peut présenter une valeur sur les plans technique, financier et commercial. Par exemple, le partenariat récemment conclu entre Quadra FNX et Sumitomo, qui témoigne de l’intérêt actuel de l’industrie à conclure des ententes d’approvisionnement exclusives, offre à Quadra FNX une source de financement sûre. Mais le plus petit des partenaires doit fournir de grands efforts de planification. Le taux d’échec des partenariats est très élevé, étant donné que les fluctuations du marché peuvent souvent exacerber les différences d’intérêts entre les partenaires.

Les organismes de crédit à l’exportation (OCE) et les institutions financières internationales (IFI) : Bien des pays aident leurs marchés d’exportation de biens et services en assurant un financement par l’intermédiaire de leurs OCE respectives; au Canada, il s’agit par exemple d’Exportation et développement Canada (EDC). Ces organismes offrent un financement à long terme, à taux fixe, qui est à la fois très concurrentiel et souvent offert pour les projets qui se situent dans des pays comportant trop de risques pour les investisseurs privés. L’organisme canadien EDC est une exception, car il finance également des projets situés au Canada.

Les IFI, comme la Société financière internationale de la Banque Mondiale, visent le développement du pays hôte en offrant un financement concurrentiel aux projets qui promettent un impact économique positif. Ces deux types d’organismes exigent un processus concurrentiel d’achat des biens et services, ce qui se traduit par un délai d’obtention du financement plus long, mais leurs termes présentent des avantages de taille, comme des mesures de dissuasion à l’ingérence politique et des possibilités de financement supplémentaire au besoin. Par exemple, Eximbank, l’OCE des États-Unis, a financé le projet Boleo de Baja Mining en offrant un taux d’intérêt fixe de 3,02 pour cent sur une période de 14 ans. Ces conditions se comparent avantageusement aux possibilités de refinancement et aux taux offerts sur le marché.

Le financement par un fournisseur : Dans le contexte actuel de récession, plusieurs fabricants et fournisseurs privés peuvent financer les biens et services qu’ils fournissent. Ils peuvent aussi cofinancer un projet avec les banques, les OCE ou les IFI.



Mauro Chiesa a plus de 33 ans d’expérience en financement et en conseil de projets d’extraction et d’infrastructure dans le monde entier. Il a travaillé avec des banques internationales, la Banque mondiale et EDC.

Traduit par SDL


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