août 2012

Un terrain dangereux

Jack Medlin de l’USGS à propos de la revitalisation de la science géologique en Afghanistan

Par Correy Baldwin

En 2004, l’équipe de la United States Geological Survey (USGS) s’est rendue en Afghanistan afin d’évaluer les ressources naturelles du pays, y compris ses ressources en minerais et ses capacités scientifiques. La tâche a été difficile : l’équipe a fait état du mauvais état des infrastructures, des environnements hostiles et des risques importants pour la sécurité, le tout dans un contexte de guerre imprévisible. Jack Medlin était (et est toujours d’ailleurs) à la tête de cette équipe. Au cours des huit dernières années, le géologue expérimenté a évalué les collections de données, les analyses ainsi que la formation scientifique et technique de la main-d’œuvre locale. Il a de plus mis sur pied une communauté scientifique pour les ressources naturelles. En septembre dernier, la USGS a publié sa dernière évaluation de la richesse des minéraux en Afghanistan, qui renferme suffisamment de richesses pour aider à la construction du pays.

CIM : La première fois que vous vous êtes rendu en Afghanistan, cela faisait 25 ans que la USGS avait mis le pied à cet endroit. Quel était l’état de la communauté géologique?

Medlin : Les Soviétiques avaient réalisé un travail important d’exploitation géologique et des minerais, et les Afghans travaillaient de pair avec eux. Après le départ des Soviétuques, en 1989, la guerre civile a éclaté et les Talibans sont arrivés, ce qui a mené à des destructions importantes. À partir de ce moment, les habiletés des géologues et des ingénieurs afghans se sont détériorées.

Lorsque nous avons visité Kabul pour la première fois, les bâtiments de la AGS (Afghan Geological Survey) n’étaient en fait qu’une coquille. Il y avait peu de portes et de fenêtres. De plus, la plomberie et le système électrique n’étaient plus fonctionnels. Toutefois, quelques-uns des ingénieurs et des géologues étaient prêts à travailler, ce qui était encourageant.

Nous avions demandé à voir les rapports en leur possession concernant la géologie, les minéraux, le pétrole et le gaz. On nous a alors conduits dans une pièce dans un état de désordre total. Quand la guerre civile a commencé, les géologues et les ingénieurs afghans avaient ramené les rapports des Soviétiques à la maison afin de les protéger. En 2004, ils ont commencé à les rapporter. En fait, la plupart avaient été rapportés, et nous les utilisons encore. Ils représentent une ressource nationale.

CIM : Quelles étaient les implications de la reconstruction des capacités scientifiques des Afghanistans?

 

Medlin : L’objectif principal de notre retour en Afghanistan était d’aider à reconstruire la AGS afin de la transformer en une organisation du 21e siècle. L’ère de l’information et des ordinateurs les avait tout simplement oubliés, ce qui a donc nécessité un travail de développement considérable pour les technologies en télédétection. Ces technologies sont de la plus haute importance pour un pays aussi grand que l’Afghanistan et où les infrastructures de transport sont insuffisantes. Nous avons commencé à évaluer les installations, les habiletés des géologues et des ingénieurs afghans, la qualité et la quantité des données et l’information disponible. Notre objectif premier était de rééduquer les personnes, ce qui a été réalisé en grande partie sur le terrain. Nous voulions les amener à un point où ils pourraient devenir indépendants.

Nous avons proposé un programme de cinq ans, divisé en deux phases, pour reconstruire la AGS. Nous avons tout d’abord travaillé avec les Afghans afin de commencer à organiser, à compiler et à numériser toutes les données existantes, dont la plupart remontaient à 50 ou à 75 ans. Le tout nous a permis de produire une évaluation préliminaire des ressources en minerais du pays. Par la suite, nous avons proposé de recueillir de nouvelles données et de l’information afin de vérifier les données et de combler les trous pour produire un rapport final. Ce dernier n’a jamais vu le jour.

CIM : Vous avez travaillé avec le Département de la défense (DOD). Quelles en étaient les implications?

Medlin : L’évaluation préliminaire que nous avons réalisée en 2007 a établi 24 gisements miniers importants. Le groupe de travail du DOD pour les opérations commerciales et de stabilité nous a rencontrés en 2009. Il nous a demandé ce qui devait être fait pour que les gisements soient attrayants pour les investisseurs. Nous avons répondu que nous devions nous rendre sur place afin de vérifier les données et l’information à notre disposition et d’obtenir de nouvelles données.

Nous avons donc collaboré avec l’équipe de travail, qui nous a fourni des hélicoptères et de la sécurité. Quand nous nous sommes rendus aux 24 sites en question, nous avons utilisé les hélicoptères du DOD et nous avons été accompagnés de militaires qui assuraient notre sécurité lors de nos travaux de vérification et de cueillette de données.

Il est peu fréquent qu’un géologue débarque d’un Chinook ou d’un Blackhawk après que 20 ou 30 marines aient atterri et formés un périmètre de sécurité pour les déplacements et la cueillette d’échantillons. Cela a été toute une expérience. Ils ont été d’excellents partenaires. Sans cette équipe de travail, nous n’aurions jamais été en mesure de nous rendre sur ses sites et de vérifier nos conclusions provisoires.

Page 1 de 2 Suivant
Publier un commentaire

Commentaires

Version PDF