août 2012

Rassemblement pour l'environnement

La plus récente alliance dans le secteur des sables bitumineux lancera-t-elle une nouvelle ère?

Par Graham Chandler

Lorsque Ken Hughes a été nommé ministre de l'énergie de l'Alberta cette année, il a publiquement reconnu le besoin en légitimité sociale pour sa province, afin de poursuivre ses développements en matière de ressources. Peut-être suivait-il l'élan initié au sein du secteur même des sables bitumineux. Deux mois avant la nomination de M. Hughes, une douzaine des principaux producteurs de sables bitumineux ont formé l'Alliance pour l'innovation en sables bitumineux du Canada (ou COSIA), nouveau consortium ayant l'objectif clair de redorer l'image des sables bitumineux.

Le mandat de la COSIA, a précisé Dan Wicklum, directeur de l'alliance, est « d'accélérer l'amélioration des performances environnementales ». Les entreprises participantes se sont engagées à partager entre elles leur expérience et leur propriété intellectuelle afin de promouvoir la cause de la COSIA. Dans ce sens, M. Wicklum a fait de nombreuses conférences au cours des récents mois pour promouvoir ces efforts et sensibiliser le public.

La COSIA rejoint une série d'alliances de producteurs du secteur des sables bitumineux qui collaborent dans les domaines de la recherche et du développement, même si elles ne se préoccupent pas toutes de questions environnementales. Certains des organismes existants s'intégreront au mandat de la COSIA, notamment l'OSLI (initiative de leadership en sables bitumineux) et l'OSTC (consortium des résidus des sables bitumineux) ainsi que certaines fonctions du réseau CONRAD (réseau canadien des sables bitumineux pour la recherche et le développement).

Le réseau CONRAD a été fondé en 1994 en tant que « réseau de recherche et de développement promouvant le partage des recherches ». Ses membres comptent sept des principales entreprises du secteur des sables bitumineux et 29 organismes gouvernementaux et universitaires de soutien. Les membres de l'OSLI sont six des principales entreprises dont l'objectif majeur est d'encourager des initiatives de leadership et des améliorations des performances environnementales, économiques et sociales, dans le cadre de leurs activités ainsi qu'au sein du secteur. Les sept membres de l'OSTC sont des entreprises d'extraction de sables bitumineux spécialisées dans les recherches sur les bassins de réception des résidus.

L'objectif clairement défini de l'OSTC lui a permis d'intégrer en premier la COSIA. « L'OSTC a pris la décision de se transplanter d'un contexte indépendant à celui de la COSIA, a expliqué M. Wicklum. Il fonctionne ainsi désormais sous l'appellation Tailings EPA (soit le domaine de priorité environnementale des résidus). »

Ce domaine de priorité environnementale (DPE) représente le quart des activités de la COSIA. « Nous serons constitués de quatre DPE : les résidus, l'eau, la terre et les gaz à effet de serre » a précisé M. Wicklum. Il s'attend à ce que des projets pertinents et des composants d'autres organismes se transplantent également au sein de la COSIA. « En fait, ces organismes nous aident à définir la portée de la COSIA et à la former. Notre objectif en cela est non seulement de nous assurer qu'aucune interruption ne perturbe le travail en cours, mais également que le modèle de la COSIA facilite encore ce travail. »

Les domaines de chevauchement au sein du réseau CONRAD comprennent les activités de remise en état de l'eau et des terres. « Les chevauchements seront éliminés au cours de l'année 2012, lorsque ces activités passeront du réseau CONRAD à la COSIA, ajoute Carolyn Preston, directrice exécutive du réseau CONRAD, notamment le groupe de discussion relatif à l'eau et notre consortium de recherche sur l'environnement et la remise en état. » Lorsque tout sera en place, le réseau CONRAD continuera à exister mais « ne participera pas aux projets de la COSIA », précise-t-elle.

La COSIA héritera également, au cours de l'année, de la plupart des projets environnementaux de l'OSLI. « Nous considérons réellement l'OSLI comme un innovateur d'avant-garde ayant permis la collaboration dans le secteur des sables bitumineux, et la COSIA comme l'évolution de ces efforts, déclare Vincent Saubestre, directeur exécutif de l'OSLI. À mesure que la COSIA se prépare à intégrer des projets s'insérant dans son mandat environnemental, les projets de l'OSLI migreront vers la COSIA où ils pourront être développés entre un plus grand nombre de participants. »

Les alliances ont été efficaces. « L'OSLI a prouvé que la collaboration pouvait être plus rapide et efficace dans des domaines non concurrentiels de développement des sables bitumineux, tels que l'intendance environnementale, commente M. Saubestre. Un exemple : Dans le cadre de notre programme Faster Forest, cinq entreprises ont planté environ un million d'arbres en trois ans pour accélérer le reboisement sur des lignes isoséismiques et des emplacements de forage » a-t-il indiqué. Mme Preston du réseau CONRAD a cité leur consortium de traitement des mousses, ayant élaboré la technologie de traitement des mousses paraffiniques qui a changé la donne dans le secteur.

La COSIA ne finance cependant pas les recherches qui restent la responsabilité de ses membres. « Nous ne serons pas une entité subventionnaire; nous nous considérons comme un centre global de collaboration, précise M. Wicklum. L'innovation proprement dite aura lieu au sein de projets d'application conjoints ou PAC. Pour vous fournir une idée d'échelle, en matière de résidus cette année par exemple, nous nous attendons à dépenser environ 90 millions de dollars sous les auspices du DPE des résidus ».

Pour accomplir ces nobles objectifs, cependant, la COSIA devra promouvoir la transparence. Richard Dixon, directeur exécutif du centre d'études commerciales appliquées en matière d'énergie et d'environnement, branche énergétique de l'école de commerce de l'Université de l'Alberta, estime que cette transparence nécessitera des objectifs très clairs. « Le défi sera de présenter les mesures de performances obtenues et de s'y conforter », prévient-il. M. Wicklum a avoué partager les inquiétudes de M. Dixon et que la clarification des mesures de performances est l'un des mandats de la COSIA. « Définir des objectifs et présenter publiquement des rapports de progression est une première dans le secteur », ajoute-t-il.

Pour finir, selon M. Dixon, il est essentiel d'accroître la crédibilité de ce secteur à l'échelle internationale.

« De plus en plus de gens sont conscients du phénomène d'écoblanchiment des entreprises », commente-t-il en soulignant les besoins en réelle expertise. L'une des nombreuses questions entourant cette nouvelle alliance est : « Peuvent-ils reconquérir un important leadership dans le domaine environnemental? »

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