août 2012

L'ACDI met son projet à exécution

L'institut pour les industries extractives se concentrera sur l'élaboration de règlements

Par Alexandra Lopez-Pacheco

La réalisation du nouvel Institut canadien international pour les industries extractives et le développement progresse. En juin, l'Agence canadienne de développement international (ACDI) du gouvernement fédéral a lancé un appel de propositions aux universités canadiennes souhaitant accueillir le nouvel institut. Le premier ministre Stephen Harper a annoncé la création de l'institut cet automne en précisant qu'il aidera les pays en développement « à exploiter leurs ressources de manière à générer une croissance économique durable et, ainsi, à réduire la pauvreté ». L'ACDI versera à l'institut une contribution pouvant atteindre 25 millions de dollars sur cinq ans pour les frais de création et de fonctionnement initial.

« De nombreux pays en développement rencontrent des défis en matière de direction et de gestion efficace de leur industrie minière et s'adressent souvent au Canada du fait de son expertise dans ce domaine », explique Justin Broekema, porte-parole du bureau du Ministre de la Coopération internationale qui gère l'ACDI. « Une faible capacité de gestion des ressources (notamment l'imposition, l'inspection et la réglementation, la négociation de contrats, la perception et la distribution des revenus) représente un obstacle de taille dans ce secteur pour maximiser les résultats positifs en matière de développement au profit du pays et de ses habitants. »

Suite à une table ronde qui a eu lieu en décembre dernier, des consultations avec une large sélection d'intervenants du secteur ont été entreprises en avril et en mai 2012 et ont inclus l'ICM, le Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI), la Chambre de commerce du Canada, le Partenariat Afrique Canada (PAC) et l'Association minière du Canada (AMC).

Une préoccupation commune a émergé de ces consultations : l'institut doit assurer qu'il peut réellement et avec efficacité faire avancer les nations en développement.

Le PAC a souligné de potentiels intérêts contradictoires. « Du fait de l'importance du secteur minier canadien dans les pays en développement, les recommandations à adresser au gouvernement ne seront parfois peut-être pas favorables aux entreprises canadiennes », a commenté Kady Seguin, analyste du programme pour Publiez ce que vous payez, qui a contribué à l'ébauche de la soumission de son organisation, la PAC. Le CCCI a également soulevé ce problème et a encouragé l'ACDI à établir des directives claires permettant de le régler.

Par le biais de sa soumission dans le cadre du processus de consultation qui a eu lieu début mai, l'ICM a exprimé son inquiétude quant aux similarités existant entre l'institut proposé et l'actuel Centre d'excellence en responsabilité sociale d'entreprise (CdE). Le CfE, fondé en 2009 et dont l'ICM est le secrétariat, est un pilier de la politique de responsabilité sociale d'entreprise (RSE) du gouvernement canadien. Plus tard en mai, les représentants de l'ICM ont rencontré l'ancien Ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, pour discuter des perceptions initiales, du mandat et du fonctionnement de l'institut, ainsi que de l'évolution du CdE.

Une solution évitant ce chevauchement, et proposée par plusieurs participants notamment l'ICM et le PAC, est que l'institut s'engage à un processus de collaboration avec les parties prenantes.

« La tâche de l'institut est d'effectuer une analyse pour déterminer ses bénéfices potentiels dans la situation donnée, ainsi que réellement comprendre le contexte en question, a expliqué M. Seguin. Il existe en outre de nombreuses initiatives à intervenants multiples. L'institut doit, par conséquent, s'assurer de s'insérer dans les travaux déjà existants et d'en tenir compte. »

L'ICM a également souligné son inquiétude quant à l'hébergement de l'institut au sein d'une seule institution, puisqu'il propose de couvrir un très large éventail de sujets. Toutefois, au cours du temps, l'objectif de l'institut a été réduit pour, selon l'ancien Ministre Oda, fournir une formation et un perfectionnement aux représentants des pays d'accueil, dans les domaines de la législation des ressources naturelles et de l'élaboration de règlements.

Une approche interdisciplinaire sera vitale, a ajouté Bernhard Klein, directeur du département d'ingénierie des mines de l'Université de Colombie-Britannique. « Il est vraiment important de porter attention aux pays et à leurs problèmes, a insisté M. Klein. Il est essentiel d'aller au-delà des règlements et de comprendre de manière directe le secteur minier, ses répercussions et ses relations avec les communautés locales. »

Le développement institutionnel des capacités complétera le travail effectué par les opérateurs, a précisé Nathan Stubina, responsable du centre technologique Barrick. « Le secteur minier canadien est particulièrement fort dans des domaines tels que les compétences techniques, la responsabilité sociale de l'entreprise, la sécurité et l'entretien; nous pouvons ainsi partager ces forces pour aider les pays à se sortir de la misère, a-t-il ajouté. Du point de vue de Barrick, bon nombre des pays où nous sommes présents ne disposent pas de grandes compétences techniques; c'est pourquoi nous fournissons la formation. »

Après sa participation à trois missions canadiennes en Afrique de l'Ouest, Jean Vavrek, directeur exécutif de l'ICM, a déclaré que les gouvernements avaient un besoin évident de développer et de retenir le personnel qualifié et que les connaissances, les pratiques et la culture canadiennes avaient un rôle important à jouer.

« Les relations qu'entretient l'ICM avec les gouvernements partenaires ainsi que le travail effectué lui sont précieux, a poursuivi M. Vavrek. L'appel de propositions a ouvert la porte à la collaboration. Le contexte francophone de nombreux pays d'Afrique de l'Ouest doit en outre être clairement considéré lors du développement d'une collaboration entre les organismes anglophones et francophones du nouvel institut. »

Trois à cinq représentants canadiens seront choisis au cours de l'été par le président de l'ACDI pour constituer le panel consultatif externe de l'institut. Une fois toutes les propositions des universités reçues, avant le 6 septembre, le panel consultatif les évaluera et une proposition sera recommandée au président de l'ACDI.

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