sept/oct 2011

Une question d’équilibre

Les exploitants de sables bitumineux cherchent à consolider leur assise pendant une période de changements économiques, sociaux et réglementaires

E. Moore

La canalisation d’hydrotransport mène au séparateur primaire d’Aurora | Courtoisie de Syncrude


Pour un exemple de dynamisme économique, on n’a qu’à regarder du côté de l’industrie des sables bitumineux de l’Alberta. Depuis 2005, la production de pétrole brut synthétique et de bitume extraits des sables bitumineux a cru de presque 40 pour cent. L’expansion de cette industrie se poursuivra certainement au cours des années à venir; dans le contexte de l’incertitude apparente concernant les approvisionnements en pétrole provenant d’autres continents, les États-Unis ont intérêt à maintenir leurs propres ressources pétrolières à leur disposition, et l’industrie des sables bitumineux mise sur les besoins de ce marché.

« On prévoit que la vaste majorité des nouveaux approvisionnements en pétrole du Canada proviendront des sables bitumineux », déclare Greg Stringham, vice-président à l’exploitation des sables bitumineux de l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP). Cet organisme prévoit que, vers 2025, la production des exploitations de sables bitumineux augmentera à 3,7 millions de barils équivalents de pétrole par jour, par rapport à 1,5 million en 2010.

Environ un tiers de la croissance estimée proviendra de l’exploitation à ciel ouvert, bien que, sur la base de leur expérience, les principaux producteurs soient d’avis que le développement et l’expansion des gisements en temps opportun et dans les limites budgétaires prévues ne sont pas des tâches faciles. Les fluctuations du prix du pétrole, les coûts élevés et les préoccupations environnementales ont étalé les calendriers des projets de construction en cours. Toutefois, les exploitants sont sûrs que leurs plans seront réalisés.

Nouveaux règlements pour la remise en état des sites

Les entreprises d’extraction de sables bitumineux effectuent des travaux de recherche et de développement sur les technologies de gestion des stériles, mais l’établissement d’objectifs et d’échéanciers spécifiques par l’Office de conservation des ressources énergétiques (ERCB) de l’Alberta a accéléré et réorienté leurs efforts de recherche. Syncrude Canada Ltd, qui utilisait déjà des stériles composites et étudiait des solutions pour limiter l’utilisation d’eau, a entrepris l’étude d’une technologie de centrifugation en réponse aux nouvelles directives. « Cette technique d’assèchement des stériles est plus rapide que les autres technologies », explique Cheryl Robb, conseillère en relations avec les médias chez Syncrude.

Pour la Compagnie Pétrolière Impériale ltée, ces règlements nécessitent la révision de son projet d’exploitation minière de Kearl et une nouvelle demande d’approbation pour celui-ci, qui avait reçu une première approbation en 2009. Cette entreprise, qui est toujours à la recherche de technologies acceptables de traitement des stériles, a obtenu de l’ERCB un délai supplémentaire pour se conformer aux exigences, jusqu’en 2018, à la condition de les dépasser par la suite. La première phase de production de Kearl doit commencer vers la fin de 2012.

Ce n’était pas le seul incitant pour la révision du projet, déclare Pius Rolheiser, porte-parole de l’Impériale. Il leur faut diminuer de trois à deux le nombre des étapes de la construction, ce qui permettra de limiter les infrastructures requises pour la construction et de réduire au minimum l’empreinte environnementale du site. Cette exploitation devra produire initialement 110 000 barils par jour, pour passer à 170 000 après la période de rodage. Le bitume obtenu, purifié par un traitement à la mousse paraffinique, pourra ensuite être expédié directement aux raffineries sans autre traitement. Au cours de la phase 2, il leur faudra accroître la production jusqu’à 345 000 barils par jour.

Une expansion prudente

Parce que les contrats de Kearl ont été conclus en 2009, l’entreprise a évité une période de surchauffe du marché de la construction qui a fait augmenter les coûts d’investissements des producteurs. En plus d’attirer des investissements dans les entreprises d’exploitation des sables bitumineux, des prix élevés du pétrole se répercutent sur la demande de base de produits comme l’acier et le béton. Comme il s’agit d’une industrie à coûts élevés et à faible marge de profit, s’il y a trop de coûts liés à l’inflation, les producteurs doivent renoncer à leurs projets ou faire face à d’importants dépassements budgétaires.

La Canadian Natural Resources Limited (CNRL), tirant des leçons des coûts élevés de la phase 1 de son projet d’extraction et de développement minier d’Horizon, a pris des mesures afin de limiter la croissance des coûts pour les prochaines étapes de développement. Après avoir subdivisé les travaux qui restent à faire en 46 projets distincts, elle entreprendra ou suspendra les travaux de construction en fonction des conditions du marché et n’entreprendra de nouveaux développements que s’il y a de bonnes raisons d’en attendre un rendement du capital positif, et sans établir d’échéances. La CNRL a aussi établi des lignes directrices limitant la main-d’oeuvre pour la construction à 5 500 personnes et ses dépenses annuelles à 2,0-2,5 milliards de dollars.

Après un démarrage difficile au début de l’année, notamment à cause d’un incendie sur le site, la CNRL a retrouvé son rythme de croisière. Vers la mi-août, son usine de traitement de pétrole brut a été remise en production et a repris ses livraisons de brut synthétique peu après. Ultérieurement, la CNRL devrait augmenter sa production à 250 000 barils par jour, et sa capacité finale, après d’autres travaux de développement, pourrait atteindre les 500 000 barils par jour.

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