août 2011

Parlons en

Évaluation des vibrations et du bruit des équipements miniers: Conséquences d’une exposition prolongée

Par Pierre Marcotte

Chargeuse-navette 

Chargeuse-navette d’une capacité de 9 verges cubes


L'exposition prolongée à des niveaux vibratoires ainsi qu’à des niveaux sonores élevés peut entraîner de nombreux troubles de santé. L’exposition aux vibrations est classée en deux catégories : les vibrations main-bras, où la main et le bras du travailleur sont exposés aux vibrations par l’opération d’un outil ou d’une machine tenus par la main (par exemple l’utilisation d’une foreuse à béquille), et les vibrations globales du corps, où les vibrations sont transmises par les pieds ou le postérieur à l’ensemble du corps par l’entremise de la colonne vertébrale (par exemple lors de la conduite de véhicules). Une exposition excessive aux vibrations main-bras peut entraîner la maladie des doigts blancs (syndrome de Raynaud) et être un facteur de risque pour le développement de troubles musculo-squelettiques du système main-bras, tandis que l’exposition aux vibrations globales du corps peut être associée à des problèmes de lombalgie. Par ailleurs, l’exposition prolongée des travailleurs à des niveaux excessifs de bruit cause des problèmes de surdité.

Études récentes : objectifs et méthéologie

Le niveau vibratoire des équipements est la plupart du temps inconnu. Dans certains cas, tout dépendant de la durée d’exposition quotidienne, la dose journalière de vibrations transmises aux mineurs pourrait représenter un risque pour leur santé.

Un rapport récent de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) identifie, parmi une gamme d’équipements miniers, les différentes sources vibratoires et sonores pouvant potentiellement avoir un effet néfaste sur la santé des travailleurs. Ce rapport découle d’un projet de recherche conjoint entre l’IRSST et le Laboratoire des mines et des sciences minérales de CANMET à Val-d’Or, avec la participation financière de l’Association minière du Québec (AMQ), par l’entremise du Groupe MISA et du ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation (MDEIE).

Ce projet avait comme objectifs de déterminer quelles sont les différentes sources vibratoires et sonores des équipements miniers pour développer des pistes de solutions ou des moyens de protection, d'informer et de sensibiliser les opérateurs miniers et leurs employeurs à la problématique du bruit et des vibrations en milieu de travail en produisant un document d’information, puis d’aider la SOREDEM (Société de recherche et de développement minier) à établir une liste de projets prioritaires visant à l'amélioration des conditions de travail sous terre.

La sélection des équipements miniers à évaluer s’est effectuée en plusieurs étapes. Dans un premier temps, une liste préliminaire des équipements à évaluer a été dressée. À partir de cette liste préliminaire, un questionnaire destiné aux gestionnaires de mines québécoises a été élaboré afin d’obtenir une vue d’ensemble de l’inventaire des équipements miniers utilisés au Québec. Finalement, le choix des équipements à évaluer et la planification des mesures ont été établis en collaboration avec la SOREDEM. Par la suite, les chercheurs ont évalué un total de 28 équipements miniers répartis dans huit mines souterraines québécoises. Les mesures ont surtout été effectuées pour les vibrations globales du corps, les problèmes liés aux vibrations main-bras étant relativement bien documentés et associés à l’opération des foreuses à béquille.

Résultats (de l’étude)

Plusieurs des équipements évalués ont des niveaux de vibrations globales du corps suffisamment élevés pour représenter un risque, à long terme, pour la santé des travailleurs. Les tâches associées aux niveaux de vibrations globales du corps les plus élevés sont le marinage avec rétrocaveuse (sur rails et sur roues), la conduite de certains véhicules dépourvus de suspension, le forage sur échafaudage

d’aluminium et l’opération des chargeuses-navettes. La performance des sièges à suspension des différents équipements a aussi été évaluée. Plusieurs sièges, notamment ceux d’un bon nombre de chargeuses-navettes, ont contribué à augmenter significativement les vibrations auxquelles est exposé l’opérateur. Par ailleurs, les équipements pneumatiques, tels que les rétrocaveuses et les foreuses pneumatiques, ont présenté les niveaux de bruit les plus élevés.

En se basant sur les résultats obtenus dans les mines souterraines, plusieurs recommandations visant à réduire l’exposition des travailleurs miniers au bruit et aux vibrations, ainsi qu’à orienter de futurs travaux de recherche et développement ont été formulées :

1. Afin de réduire l’exposition des travailleurs au bruit, mettre au point un silencieux pour le dispositif d’échappement de l’air comprimé des rétrocaveuses (sur rails et sur roues) et des foreuses à béquille.

2. Sensibiliser les travailleurs à l’importance de porter leurs protecteurs auditifs. Leur fournir de l’information vulgarisée sur le port adéquat des protecteurs. Étudier la possibilité d’utiliser la double protection (bouchons + coquilles) lorsque les niveaux de bruit sont très élevés.

3. Limiter l’utilisation quotidienne des rétrocaveuses (sur rails et sur roues) par les travailleurs en favorisant des rotations sur les postes de travail. Utiliser le plus possible ces équipements en mode télécommandé pour limiter l’exposition des travailleurs aux vibrations globales du corps.

4. Installer des sièges à suspension adaptés à la dynamique du véhicule dans les chargeuses-navettes et les véhicules de service et de transport. Évaluer l’efficacité des sièges à suspension dans les véhicules qui en sont munis et les remplacer au besoin.

5. Améliorer la conception de la plateforme d’aluminium afin de mi-nimiser l’exposition aux vibrations globales du corps lors de l’opération de foreuses à béquille sur ce type de plateforme.

Par ailleurs, en se basant sur les observations effectuées lors des visites dans les mines souterraines, les recommandations suivantes ont été formulées :

1. Favoriser l’utilisation de pneus avec chambre à air plutôt que de pneus pleins, pour diminuer l’exposition aux vibrations globales du corps.

2. Bien entretenir les rampes et les galeries afin de conserver une surface de roulement lisse.

Pour plus d’informations, le rapport IRSST R-682 intitulé : « Évaluation des vibrations et du bruit des équipements miniers » peut être téléchargé sans frais en consultant le lien suivant : http://www.irsst.qc.ca/-publication-irsst-evaluation-des-vibrations-bruit-des-equipements-miniers-r-682.html


AUTEUR

Pierre Marcotte a étudié en génie physique et en génie mécanique, et s’est spécialisé dans les domaines de l’acoustique et des vibrations. Depuis 2002, il est chercheur en bruit et vibrations à l'IRSST du Québec. Ses recherches portent surtout sur la réponse biodynamique du corps humain aux vibrations ainsi que sur l'évaluation et la réduction des vibrations main-bras et corps entier.

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