mars/avril 2010

Une petite renaissance?

. Par D. Zlotnikov

L’uranium a subi l’impact de la crise financière de 2009 avec une chute de prix d’un sommet de 136 $/lb en 2008 à environ 40 $/lb actuellement. La production a cessé récemment à la mine McClean Lake. « Nous manquons de réserves économiques », dit M. Richards, directeur des communications chez AREVA Resources Canada. Mais selon lui, la fermeture sera temporaire. Des 250 employés, environ 140 entretiendront l’installation ou seront affectés à d’autres projets, afin de garder l’expertise dans la compagnie.

L’usine de McClean Lake devait recevoir le minerai de la mine Cigar Lake, dont AREVA détient 37 % des intérêts. Cependant, Cameco, propriétaire à 50 % et l’exploitant du projet, a été confronté à des défis significatifs lorsque la mine a été ennoyée. Le travail devrait reprendre cette année et la production débuterait en 2013.

L’uranium a l’honneur douteux d’être la substance minérale la plus politisée au monde. Son utilisation potentielle dans les armes fait qu’il est strictement réglementé. Les groupes environnementaux et les politiciens voient l’énergie nucléaire comme moyen de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Selon un rapport du Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale (CIGI), 55 réacteurs nucléaires étaient en construction à travers le monde en janvier 2010. En plus des projets déjà en cours, le président américain a annoncé des garanties de prêts de 8 milliards de dollars pour des projets d’énergie nucléaire – une composante cruciale du système proposé de trains électriques. Ce sont toutes de bonnes nouvelles pour les fournisseurs, explique Nick Carter, vice-président la firme de consultants UxC.

Dans le cadre de l’Accord pour l’achat d’uranium très enrichi, la Russie déclasse son arsenal nucléaire en extrayant l’uranium de ses armes et le combinant à de l’uranium naturel ou appauvri; cet uranium est ensuite vendu aux États-Unis pour la production d’énergie. Signée en 1993, l’accord se terminera en 2013. En attendant, les deux superpuissances contribuent 24 M lb aux marchés par année; le Canada a produit 19,8 M lb en 2008.

« Au milieu des années 2000, des problèmes d’approvisionnement se faisaient ressentir », dit M. Carter. « Les mines McArthur River et Cigar Lake ont été ennoyées. Durant ce temps, le prix a atteint 136 $/lb et cette hausse a stimulé de nouvelles productions, surtout au Kazakhstan. » En 2009, la production de ce pays avait atteint 35 M lb d’uranium et le Kazakhstan a pris la place du Canada en tant que premier producteur d’uranium. La demande continuera à croître durant la prochaine décennie mais le prix devrait demeurer stable à 30 - 40 $ au cours des prochains mois.

Le rapport du CIGI sur l’avenir de l’énergie nucléaire jusqu’en 2030, tire des conclusions bien moins positives. L’auteur du rapport, Trevor Findlay, professeur à l’Université de Carleton, signale plusieurs enjeux qui remettent en question la renaissance nucléaire. Il distingue cependant entre les perspectives pour l’uranium – très bonnes – et celles des manufacturiers de réacteurs – beaucoup moins bonnes. Plutôt que d’être déclassés, les réacteurs existants sont remis à neuf, prolongeant leur vie de 30, voire de 60 ans. De plus, le coût des centrales continue à augmenter alors que baisse celui des énergies alternatives.

Le secteur de l’énergie nucléaire en Chine semble croître de manière spectaculaire mais il faut le considérer par rapport aux centrales au charbon; les centrales nucléaires représentent seulement 5 % de sa production d’énergie. Selon M. Carter, ce pays produit environ 2,5 M lb d’uranium par année mais ne pourrait pas produire beaucoup plus que 5 M lb. Cet écart entre l’offre et la demande signifie que la Chine devra regarder au-delà de ses frontières; elle a déjà commencé à investir en Australie et au Kazakhstan.

Il est difficile de prévoir les 10 ou 20 prochaines années, mais plus de réacteurs seront en construction en 2010 que dans les trente dernières années. Est-ce une renaissance? Seul le temps le dira.

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