février 2009

Parlons-en

Collaboration industrie–université : l’exemple de SEMAFO

Par D. Gaboury

 

Excursion sur le site de la mine Nyafé, Burkina Faso, lors de la formation en métallogénie de l’or en avril 2008


En sciences de la Terre, les collabo­rations université-industrie sont relativement communes, particulièrement en exploration minérale. Celles-ci s’échelonnent d’une collaboration simple centrée sur un projet de recherche réalisé par un étudiant de 2e ou 3e cycles jusqu’à des formes plus structurées comme les regroupements (DIVEX) et les consortiums (CONSOREM). Sans égard à la spécificité des collaborations, celles-ci ne reposent généralement que sur la composante recherche.

Une approche différente

Récemment, SEMAFO et l’UQAC ont formulé une entente de collaboration. SEMAFO est la plus importante société minière aurifère du Québec avec 3 mines en opération en Afrique de l’Ouest - en Guinée, au Niger et au Burkina Faso. L’UQAC est reconnue pour son expertise en exploration minérale, et ce, particulièrement pour les terrains volcano-sédimentaires anciens.

Dès les premières discussions, il était clair pour Michel Crevier, directeur de la géologie chez SEMAFO, que la réalité africaine imposait plus qu’une simple collaboration basée uniquement sur la recherche. Ses équipes de géologues devaient en bénéficier. Sur cette base, un volet de formation a spécifiquement été inclus dans l’entente. Ce volet de formation prend la forme de cours intensifs avec des visites sur le terrain pour appliquer les notions théoriques. Depuis bientôt deux ans, deux formations ont été dispensées : volcanologique appliquée et métallogénie aurifère, à plus d’une cinquantaine de géologues. La prochaine formation, sur la géologie structurale, est prévue pour le mois de juin.

Les défis de l’enseignement

Enseigner en Afrique comporte sa part de difficultés. D’un point de vue logistique, par exemple, trouver des salles et des projecteurs numériques relève souvent du défi. Même un simple tableau peut se faire rare. Déplacer les géologues de deux ou trois pays, coordonner leur transport et trouver des solutions pour compenser leur absence constitue également un travail colossal.

Au point de vue pédagogique, plusieurs facteurs doivent être pris en compte. Le plus important étant la disparité du niveau de formation entre les géologues. Il faut considérer ici que ceux-ci proviennent de plusieurs pays, dont le Maroc, la France, les pays de l’Afrique de l’Ouest et du Québec. Parallèlement, la terminologie employée peut être problématique. Par exemple, au Québec on utilise le terme « laves en coussin ». En Afrique, dû à l’influence de la France coloniale, ils emploient le terme « pillow lavas ». De plus, certains concepts familiers comme la tectonique des plaques commencent timidement à faire leur apparition en sol africain, particulièrement pour les séquences birimiennes, âgées de 2,2 milliards d’années.

Les bénéfices directs et indirects

Après deux formations, un constat s’impose : cette formule est très appréciée des géologues. Outre l’aspect pédagogique et l’objectif de rendre les participants encore plus compétents, elle permet le rapprochement entre les géologues. Spécifiquement, elle a permis de développer l’esprit d’équipe et a engendré des contacts continus entre les géologues oeuvrant sur des sites différents, mais qui sont confrontés à des problèmes similaires. L’aspect le plus positif est probablement le sentiment d’importance que chaque participant a ressenti lors des formations. Aux dires de plusieurs, c’était la première fois qu’un employeur en Afrique considérait l’importance de la formation continue de ses employés. Lors de la distribution officielle des attestations de formation, les immenses sourires en disaient long sur leur fierté d’appartenir à « la SEMAFO », comme ils disent là-bas…


Damien Gaboury est professeur en sciences de la Terre à l’université du Québec à Chicoutimi et directeur du Laboratoire de métallogénie expérimentale et quantitative.

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