déc '08/jan '09

Une année 2009 plutôt traquille

Une année 2009 plutôt tranquille pour l’exploitation minière, les métaux et l’énergie

Par P. Diekmeyer

Afin de comprendre la présente tourmente économique, nous avons rencontré Bart Melek, vice-président et analyste chez BMO Capital Markets. M. Melek suit les tendances économiques mondiales depuis près de dix ans.

ICM : Ces périodes de bouleversements doivent être difficiles pour les prévisionnistes; pouvez-vous nous donner une idée de l’actuel état d’esprit de l’industrie?

M. Melek : L’avenir n’est pas rose. L’économie mondiale ralentissait déjà lorsque les systèmes financiers se sont presque effondrés en octobre dernier.

Ironiquement, les prix des métaux de base sont presque 50 % inférieurs aux prix de l’an dernier et inférieurs aux prix d’exploitation de nombreux producteurs, mais la situation n’est pas tant à la baisse que l’on pourrait croire. La plupart des clients et des producteurs rencontrés à Londres durant la Semaine des métaux du London Metal Exchange semblaient accepter des temps difficiles pour la plus grande partie de l’année 2009 mais ils étaient optimistes quant aux prévisions à long terme.

ICM : La demande pour des matériaux bruts est étroitement reliée à la croissance économique mondiale. Quelles tendances et quels indicateurs clés surveillez-vous?

M. Melek : Ce qui se passe aux États-Unis affecte presque tout. Plusieurs compagnies et individus éprouvent des difficultés et les investisseurs craignent les risques.

Les indicateurs clés à surveiller seront l’emploi aux États-Unis et les indices de confiance des consommateurs. Les données d’inflation sont aussi importantes car elles sont la principale contrainte sur la marge de manœuvre des banques centrales.

ICM : Quel sera l’effet des développements économiques dans les économies riches sur la demande pour les matières brutes dans les pays BRIC?

M. Melek : À mesure du ralentissement de l’économie américaine, les exportations de ces pays vers les États-Unis seront grandement touchées, diminuant la demande pour des matières premières. La Chine a déjà fortement réagit avec un programme de relance budgétaire équivalent à 15 % de son produit intérieur brut.

Ce sont cependant les prévisions à long terme qui sont importantes et que nous croyons excellentes. Les classes moyennes de ces pays continueront à croître et la demande pour de nouveaux produits suivra.

ICM : Quel sera l’effet sur les matières premières?

M. Melek : L’aperçu à moyen terme est plutôt mauvais. Les métaux de base et les matières premières en vrac devraient continuer à subir des pressions de vente en raison de la faible demande; un redressement modeste pourrait avoir lieu dans la seconde moitié de 2009.

ICM : Qu’arrivera-t-il au pétrole?

M. Melek : Les prix du pétrole ont chuté depuis les sommets de 147 $/baril obtenus cet été; le prix moyen pour 2009 devrait être de l’ordre de 70 $/baril. À long terme, les coûts très élevés de production, les investissements modestes en infrastructures et la puissance de l’OPEP devraient faire remonter les prix à environ 90 à 100 $/baril.

ICM : Quel serait l’impact sur l’or?

M. Melek : Durant des temps d’incertitude, l’or devrait de plus en plus servir de protection contre l’instabilité géopolitique et celle des marchés financiers. De plus, la popularité croissant des bijoux et des lingots soutient cette vision.

Nous sommes quelque peu moins optimistes quant aux perspectives de l’or pour les six prochains mois; cependant, en termes relatifs, l’or a obtenu la meilleure performance de toutes les classes d’actifs, une tendance qui devrait continuer en 2009. Les investisseurs pourraient aussi se tourner vers l’or en tant que valeur refuge.

ICM : Quels risques sont reliés à vos prévisions?

M. Melek : Ils sont nombreux car il est difficile de prédire comment tourneront les choses. Le marasme économique des pays du G-7 pourrait empirer et les efforts de revitalisation pourraient être inefficaces pour inverser la tendance. Cela pourrait conduire à une croissance moindre en Chine et une demande encore plus faible pour tout : le cuivre, le charbon métallurgique et le pétrole.

ICM : Comment la crise financière actuelle affecte-t-elle les prévisions à long terme?

M. Melek : Avec les mesures de relance budgétaire, le ralentissement récent dans les matières premières ne devrait pas durer des années.

Les marchés des matières premières devraient reprendre de la vigueur peu après que les économies des pays du G-7 auront commencé à remonter, soit vers la fin de 2009. De plus, la fin du déclin de la consommation aux États-Unis et en Europe resserrera sans doute l’équilibre offre/demande.

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