déc '08/jan '09

Québec

Une période d’expansion sans précédent

Par A. Lavoie

Installations de la nouvelle mine Goldex (Mines Agnico-Eagle) près de Val-d’Or en Abitibi


La forte hausse des prix des métaux et un climat favorable ont permis à l’industrie minière du Québec de connaître en 2007-2008 sa plus importante période d’expansion depuis plus de vingt ans avec des expéditions de 5,5 milliards de dollars en 2007, des dépenses en exploration prévues de 460 millions de dollars pour 2008 et plusieurs projets de développement et de mise en valeur qui sont en progression.

Quatre nouvelles mines ont été inaugurées récemment : la mine de cuivre Fabie de First Metals (mars 2008); la mine d’or Goldex d’Agnico-Eagle près de Val-d’Or (juin 2008); la mine Persévérance d’Xstrata Zinc à Matagami (octobre 2008) et la mine Lac Herbin de la Corporation minière Alexis, aussi près de Val-d’Or (octobre 2008).

Plusieurs projets sont aussi en phase de développement avancé : on peut citer notamment le projet d’extension de la mine LaRonde d’Agnico-Eagle en Abitibi (360 M$, exploitation prévue 2011); la mine Lapa d’Agnico-Eagle en Abitibi (95 M$, 2009); le doublement de la production de la mine Raglan d’Xstrata Nickel au Nunavik (1 milliard de dollars, de 2008 à 2013); les Mines Opinaca de Goldcorp à la Baie James (50 M$ en 2008); le projet Osisko de la Corporation minière Osisko (760 M$, d’ici 2011); le projet diamantifère Renard à la Baie James de Stornoway - SOQUEM (plus de 200 M$,  étude de pré faisabilité) et le projet de mine de fer du Lac Bloom de la Consolidated Thompson près de Fermont (410 M$, 2009).

À ces exemples qui témoignent de l’effervescence de l’industrie minière au Québec peuvent encore s’ajouter les nombreux autres projets d’exploration en cours (comme ceux de Canadian Royalties, Westwood d’Iamgold; Matoush de Ressources Strateco; Coulon des Mines Virginia et Ressources Breakwater) et plusieurs autres ainsi que les 300 millions de dollars d’investissement de la minière IOC au Labrador qui profiteront grandement à ses installations portuaires à Sept-Îles sur la Côte-Nord.

Politiques gouvernementales

Cette vitalité observée depuis quelques années est attribuable, certes, au prix des métaux et des minéraux qui a donné un bel essor à l’industrie. Toutefois, il faut mentionner également que les politiques du Gouvernement du Québec viennent aussi en soutien au développement des ressources minérales. Cette situation a été d’ailleurs reconnue par l’Institut Fraser qui a décerné au Québec la cote la plus élevée de son indice d’appréciation des politiques minières gouvernementales en 2008, en plus du 2e rang de l’indice de potentiel minier de son territoire.

Pour sa part, l’Association minière du Québec (AMQ) a accueilli favorablement l’injection de nouveaux crédits totali­sant 53 millions de dollars sur cinq ans annoncés au printemps 2008 lors de la lecture du Budget. Les mesures ont porté principalement sur la mise en place du Fonds du patrimoine minier, la reconduction du Plan cuivre, la création de l’Institut national des mines pour travailler avec des organi­smes partenaires dans les régions et des mesures pour supporter le développement de la main-d’œuvre.

Le Gouvernement du Québec a aussi indiqué son intention de mettre en place une nouvelle « Stratégie minérale ». Cette démarche est perçue favorablement par l’Association minière du Québec qui entend contribuer à sa mise en œuvre. Lors de la période de consultation publique à cet effet, l’AMQ a proposé plusieurs mesures pour soutenir le développement de cette industrie au Québec qui ont porté notamment sur le renouvellement des réserves; le soutien à l’exploration; l’accessibilité à la ressource; la sécurité des droits d’utilisation des terres; l’assurance d’un régime fiscal compétitif, stable et prévisible; la participation à la valorisation et à la formation de la main-d’œuvre dans le secteur minier; ainsi que la simplification et l’harmonisation du cadre réglementaire.

Défis et enjeux en 2009

La ressource humaine, un défi de taille : la mise en place de nouvelles exploitations conjuguée à de nombreux départs à la retraite génèrent d’importants besoins en main-d’œuvre qui constituent un premier défi de taille pour l’industrie. À ce sujet, les mines collaborent grandement avec leurs partenaires et les institutions d’enseignement pour trouver des solutions, comme le développement de chantiers miniers écoles pour permettre aux étudiants de se familiariser avec l’environnement réel de travail sur différents sites d’exploitations minières.

Maintenir les objectifs en santé et sécurité : l’arrivée d’une nouvelle main-d’œuvre diversifiée (jeunes, femmes, Autochtones, immigrants, 45 ans et plus et provenant de d’autres secteurs industriels) représente un défi important pour les gestionnaires et les superviseurs qui doivent mobiliser leur personnel afin d’atteindre les objectifs fixés par leur entreprise, particulièrement en matière de santé et de sécurité au travail.

À ce chapitre, l’industrie minière du Québec a enregistré une 7e année consécutive d’amélioration en prévention des accidents avec une baisse de 13,5 % du taux de fréquence pour l’ensemble des accidents pour les 7 premiers mois de 2008. Plus globalement, depuis 20 ans (1989-2007), le taux de fréquence pour l’ensemble des accidents dans les mines du Québec (avec indemnité et avec assignation de travail modifiée) a diminué de 62,3 % et se situe à sa valeur la plus faible depuis deux décennies.

Environnement et développement durable : les dossiers se multiplient en environnement et développement durable : gaz à effet de serre, aires protégées, prélèvement d’eau, restauration des sites, protection des terres humides, nouvelles réglementations pour le secteur minier, etc.

En ce domaine, l’impact de l’exploitation minière sur la vie des communautés et l’acceptabilité sociale des projets sont passés à l’avant-plan des préoccupations des sociétés minières. Par exemple, la Corporation minière Osisko a mis sur pied le Fonds Essor Malartic Osisko, avec le mandat d’investir dans des projets locaux, et qui permettra par exemple cette année d’offrir de nouveaux ordinateurs à l’école secondaire de cette municipalité. Autre exemple, Xstrata Nickel à sa mine Raglan a distribué en 2007 plus de 32 M$ en redevances aux communautés inuites locales. De plus, une trentaine d’entreprises minières et d’organismes ont constitué le Fonds Restor-Action Nunavik qui a permis de recueillir plus de 6 millions de dollars pour restaurer près d’une vingtaine de sites miniers nordiques.

Enfin, un autre exemple de développement durable dans le secteur minier mérite d`être souligné de façon particulière puisqu’il s’agit d’une première canadienne qui peut servir de modèle pour tout le secteur minier au pays. Depuis le mois d’août dernier, la nouvelle mine Goldex des Mines Agnico-Eagle achemine, à l’aide un pipeline de près de 25 kilomètres, les résidus de sa mine vers un ancien parc minier acide abandonné, le site Manitou. Les résidus de Goldex ne génèrent pas d’acide et possèdent un potentiel neutralisant qui aidera à la restauration de l’ancien parc. Ce développement de 48 M$, réalisé en partenariat avec le ministère des Ressources naturelles et de la Faune propriétaire du site, limite aussi de façon considérable la superficie exposée à l’activité minière en utilisant un ancien parc pour recevoir les résidus.

L’évolution du marché des métaux demeure liée à la santé de l’économie mondiale : la vitalité de l’industrie minière que l’on observe depuis quelques années au Québec et au Canada demeure conjoncturelle et elle s’appuie grandement sur le prix des métaux et des minéraux. La crise financière américaine et l’onde de choc qu’elle suscite sur l’économie mondiale se reflètent déjà sur les prix des métaux : pendant que l’or retrouve sa position de valeur refuge dans ce contexte d’agitation des marchés, les prix des métaux de base reculent.

Au moment d’écrire ces lignes, le premier ministre Jean Charest avait déjà annoncé sa volonté de mettre de l’avant son « Plan Nord », un projet de développement du Nord québécois qui veut accorder une place prépondérante au développement du potentiel des ressources naturelles de cette région au nord du 49e parallèle qui représente 70 % de tout le territoire québécois. L’industrie minière est déjà très active dans les régions de la Baie James et du Nunavik. De multiples projets d’exploration, de mise en valeur et des activités d’extraction ont cours sur ce territoire où l’industrie cherche aussi à entretenir des relations harmonieuses avec les communautés et les autochtones. Dans cet esprit, l ’entente de « La Paix des Braves », signée en 2002 entre le Gouvernement du Québec et le Grand Conseil des Cris, s’avère un avantage indéniable pour favoriser la participation des communautés autochtones aux activités de l’industrie minière dans cette région.

L’AMQ, pour sa part, accueille de façon très positive les préoccupations du Gouvernement du Québec pour le développement du Nord québécois : cette région, en effet, présente un potentiel considérable de ressources minérales très diversifiées comme en témoignent les récentes découvertes et exploitations reliées à l’or, au zinc, au nickel et aux diamants.

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