sept/oct 2007

Parlons-en

Un été irradié au Québec : l’exploration pour l’uranium

Par S. Perreault

L’intérêt de la communauté minière pour l’uranium connaît une montée fulgurante au Québec, après 22 ans de relative inactivité. Cet engouement pour l’uranium est lié directement à son prix sur le marché au comptant (Spot market) qui connaît une croissance depuis 2004 avec un sommet à 138 $US la livre en juillet 2007. Il en résulte une augmentation des dépenses en exploration pour l’uranium qui n’étaient que de quelques dizaines de milliers de dollars en 2000, de 1,36 M$ et de 4,3 M$ en 2004 et 2005 respectivement, et finalement de 16 M$ en 2006 (données réelles provisoires de l’Insitut de la Statistique du Québec pour 2006). Les dépenses en 2007 consacrées à la recherche d’uranium seront largement supérieures à celles de 2006 selon les prévisions des différentes compagnies actives sur le territoire québécois.

Les activités d’exploration pour l’uranium sont réparties sur une cinquantaine de projets situés principalement dans le sud-ouest, le nord-est et le nord du Québec, dont :

  • au Témiscamingue (Kipawa), dans les Laurentides (Mont-Laurier) et sur la Côte-Nord (dont le secteur compris entre Baie-Johan-Beetz et Natashquan), dans la province géologique de Grenville;
  • dans les bassins sédimentaires paléoprotérozoïques des monts Otish et de la Fosse du Labrador (Orogène du Nouveau-Québec) au nord-est de Chibougamau et au nord de Schefferville respectivement;
  • dans les roches archéennes et paléoprotérozoïques, du vaste territoire compris entre la rivière Georges et la frontière avec le Labrador, jusqu’à la côte de la baie d’Ungava; et
  • dans les roches archéennes de la Baie-James.

Le bassin d’Otish, l’Athabasca du Québec?

Le potentiel uranifère du bassin sédimentaire paléoprotérozoïque des monts Otish est souvent comparé avec celui du bassin sédimentaire mésoprotérozoïque de l’Athabasca en Saskatchewan (la production d’uranium dans le bassin de l’Athabasca représente le tiers de l’approvisionnement mondial). Le bassin des monts Otish recèle plusieurs indices uranifères typiques des gîtes d’uranium associés à des discordances. Plus d’une dizaine de compagnies majeures et junior sont actives dans le secteur des monts Otish. Les résultats prometteurs obtenus par Ressources Strateco sur la propriété Matoush mettent en relief le potentiel des minéralisations du type filonien associé à une zone de cisaillement dans des roches sédimentaires.

La région de la rivière Georges, un nouveau Rössing?

Le vaste territoire de la rivière George, au nord-est de Schefferville, est composé de roches archéennes et paléoprotérozoïques métamorphisées. Ce territoire représente une nouvelle cible d’exploration pour l’uranium, mis en évidence à la suite de la découverte de zones anomales en uranium dans les sédiments de fonds de lacs prélevés par le Ministère en 1997. De plus, les nouveaux indices uranifères qui y ont été mis au jour au cours de 2006, par les compagnies minières actives dans cette région, laissent présager que ce vaste territoire pourrait devenir une province métallogénique uranifère.

Pendant près de 750 millions d’années, l’uranium a pu être mobilisé et transporté lors d’épisodes d’érosion, de déformation et de métamorphisme, puis déposé et concentré sous la forme de minéralisations dans des roches sédimentaires, dans des granites et pegmatites ou dans des pièges structuraux. Ainsi, le vaste territoire de la rivière George, représente un terrain fertile pour divers types de minéralisations uranifères dont celles associées :

  • à des intrusifs granitiques de type Rössing situé en Namibie (la mine Rössing, du Groupe Rio Tinto, produit 7,7 % de la production mondiale d’uranium);
  • à des pegmatites du type Madawaska, en Ontario (production totale de 4,54 tm à 0,0997 % d’U3O8 et de 4.295.281 kg d’U entre 1957 et 1982); et
  • à de l’uranium filonien rattaché à des zones de cisaillement majeures de type Beaverlodge.

Afin de faire le point sur l’exploration de l’uranium au Québec, le comité organisateur de Québec Exploration 2007 (du 26 au 29 novembre 2007 à Québec) vous a concocté une session spéciale sur l’exploration de l’uranium au Québec et dans l’est du Canada.



Serge Perrault est l'adjoint au directeur général, Direction générale de Géologie Québec, Ministère des Ressources naturelles et de la Faune.

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