novembre 2007

Des canadiens à l`étranger

Les tribulations d’un expat

Par J.-P. Rivard

Petit inconvénient de la saison des pluies


Le travail à l’étranger, ça se prépare.

Le fait de travailler dans une mine est déjà une tâche particulière; le faire à l’étranger peut être stimulant, voire exotique pour qui sait s’y adapter ou carrément devenir un cauchemar.

Comment se préparer à vivre une telle aventure ?

Vous entrez en contact avec un mode de vie différent qui vous fait prendre conscience de votre propre mode de vie, de vos valeurs et de vos croyances.

Vivre à l’étranger est une occasion de vous redéfinir et de mieux comprendre votre propre culture. C’est d’abord et avant tout un voyage au cœur de votre identité. Qui n’a jamais entendu parler de choc ou d’adaptation culturelle ?

Vous quittez un monde nord-américain dans lequel tout est tenu pour acquis; électricité, eau (potable et chaude), téléphonie et internet, supermarchés avec abondance de produits, etc.

J’ai eu la chance de vivre des expériences diverses que ce soit en pleine jungle à des centaines de kilomètres de toute civilisation, en pleine brousse mais à quelques heures d’une importante ville et en savane à quelques minutes d’un village.

Je travaillais sous forme de rotations : 30 jours de travail suivis de 26 jours à la maison (rotation extraordinaire) et 9 semaines de travail suivi de 3 semaines à la maison (moins bonne celle-là).

Tous ces endroits avaient leur part d’exotisme… au départ.

Voyage

La joie de pouvoir « essayer » plusieurs lignes aériennes : 6 avions en 2 jours et demi pour se rendre à destination. L’incroyable expérience de passer d’un Airbus 340 à un appareil de brousse où l’hôtesse s’asseoit sur la glacière.

Le bon côté est, bien sûr, de pouvoir accumuler de nombreux « air miles » et ainsi pouvoir prendre d’autres avions pendant nos vacances et accumuler d’autres « air miles ».

La plupart des employeurs vous font voyager en classe affaire; ce qui vous permet d’arriver à destination en pleine forme et prêt à se mettre au boulot; par contre, d’autres n’y voient pas l’utilité et se demandent pourquoi on est si fatigué à l’arrivée.

Logement

Dans les sites miniers reculés, un complexe est construit sur place. Vous avez donc votre petite chambrette (avec douche, TV et internet bien sûr). On vous demande donc de manger, dormir et travailler, on s’occupe du reste (lavage, nettoyage de la chambre, bouffe).

Certains sites sont près de villes ou villages et, selon les employeurs, on vous octroie une villa avec tout le personnel (bonne, cuisinière, jardinier, etc.) ou une chambre d’hôtel ou une maison à partager avec 2 ou 3 autres personnes. À vous de bien lire votre contrat.

Quand il s’agit d’une mise en marche (start-up) d’une nouvelle mine, c’est carrément du scoutisme : tentes, bivouacs, cuisine de fortune en attendant la construction des locaux définitifs.

Exotisme

Qui n’a jamais rêvé de faire une excursion en brousse ou dans une jungle ?

Et en plus, on vous paie pour le faire.

C’est comme visiter un zoo mais ce sont les gens qui sont dans les cages et les animaux en liberté. Vous faites votre jogging matinal en compagnie d’un guépard, vous vous faites voler votre ballon de volleyball par des singes et à partir de 18h, ça gueule toute la nuit.

Vous rencontrez des gens qui ne parlent pas votre langue mais qui désirent tellement partager avec vous; des gens qui n’ont pas vos habitudes, vos métho­des mais qui veulent autant apprendre que vous montrer; des gens qui mangent de drôles de choses et qui pensent que vous manger de drôles de choses; des gens qui ne sont pas trop trop pressés et qui se demandent pourquoi vous, vous êtes toujours pressés; des gens qui gagnent en une année ce que vous gagnez en une journée; des gens pour qui demain c’est demain et ce demain sera exactement comme aujourd’hui alors que vous planifiez vos vieux jours dès votre premier emploi.

Un jour ou l’autre, l’exotisme prend des allures d’irritant pouvant même devenir agressant. C’est la période du « rien ne fonctionne dans ce foutu pays ! » et vous en arrivez même à perdre le sens de l’humour. C’est le contact quotidien avec la différence qui engendre ce renversement de situation. Un malaise insidieux fait baisser votre seuil de tolérance.

Tout, ou presque tout, peut devenir irritant : climat, nourriture, sommeil insuffisant, malaises physiques et … gastriques, rythme de vie ou de travail, écart entre richesse et pauvreté, difficulté à s’exprimer dans la langue du pays, difficulté à lire la langue du pays si c’est dans un autre alphabet, attente, foule, hygiène, etc. Bref, trop d’expériences différentes à affronter en même temps, et cela, peu importe le pays. Selon l’ampleur des difficultés rencontrées, c’est alors que l’on parle de choc culturel.

Puis, avec le temps, de la patience, beaucoup, beaucoup, beaucoup de patience, le sens de l’humour (très important, voire essentiel), la joie de vivre et l’aisance dans le milieu étranger s’installent.

À mettre dans votre trousse d’outils :

  • être curieux; s’informer sur l’histoire du pays d’accueil, sur les rituels.
  • parler plusieurs langues (entre autres : français, anglais et espagnol) vous ouvre quasi toutes les portes,
  • apprendre quelques phrases dans la langue du pays si c’est une langue que l’on ne maîtrise pas. C’est une simple question de respect,
  • échanger avec les personnes du pays; saluer les personnes qui vous entourent, participer aux fêtes et aux rituels,
  • s’adapter car il ne faut jamais oublier que l’on est « chez eux »,
  • s’armer de patience, patience, patience, patience, patience, patience,
  • ne jamais perdre son sens de l’humour,
  • être autonome,
  • avoir l’esprit ouvert.

À éviter à tout prix :

  • parler politique,
  • comparer constamment avec notre pays (nous, on a ceci, on a cela …..),
  • s’attendre à ce que le mode, le rythme et la méthode de travail soient « nord-américains ».

La vie d’ « expat » fut pour moi une expérience fantastique avec ses excellents côtés et ses petits inconvénients. C’est une expérience que je vous souhaite de vivre ardemment.

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