novembre 2007

Les Premières Nations détiennent la clé de la croissance de l’industrie minière

Par D. Zlotnikov

De nouveaux projets miniers mettent la Saskatchewan au défi de demeurer concurrentielle et la solution pourrait venir des régions éloignées, justement là où se bâtissent les nouveaux projets. Au lieu d’essayer d’attirer une main-d’œuvre qualifiée dans un marché de plus en plus compétitif, les compagnies auraient avantage à se tourner vers les communautés des Premières Nations pour les travailleurs.

« Les compagnies minières n’ont pas l’habitude de traiter avec les autochtones, mais les bénéfices en valent la peine », dit Dave McIlmoyl, vice-président et directeur général de Northern Resource Trucking Limited Partnership (NRT), dont la compagnie fournit la plupart des services de camionnage aux producteurs d’uranium.

Une clause du bail de terrain de la compagnie Key Lake Mining Corporation exige qu’une portion des bénéfices aille aux résidents du nord de la Saskatchewan, à 85 % autochtone. Key Lake a suggéré à la compagnie autochtone Kitsaki Development Corporation de rencontrer Trimac Transportation; ensemble, ils ont formé Northern Resource Trucking (NRT).

« Nous devions offrir des bénéfices et des programmes de formation aux communautés nordiques, ce qui nous plaçait en position de désavantage vis-à-vis la compétition », dit M. McIlmoyl. « Nous avons donc demandé à Cameco de nous accorder un contrat exclusif à long terme pour tout leur transport et, ainsi, nous pourrions offrir un meilleur programme de formation. »

Ayant ratifié l’entente, Cameco voulait que d’autres communautés en bénéficient, non pas uniquement celle de Lac La Ronge. À cette fin, les partenaires ont vendu une partie de NRT, distribuant la copropriété parmi 11 autres partenaires des Premières Nations et des Métis.

Au début, la compagnie demandait au Saskatchewan Institute of Applied Science and Technology de faire la formation; elle possède maintenant sa propre école certifiée par le gouvernement. « Nous offrons maintenant des formations sur les voitures, les chariots élévateurs à fourches et les autobus scolaires. Nous prévoyons offrir nos services de formation aux compagnies minières, aux conseils de bande et aux écoles. Nous avons déjà offert un cours sur le forage au diamant. Nous voulons que nos programmes de formation soient rentables en plus de former les autochtones qui travailleront pour nous », dit M. McIlmoyl. De plus, la population autochtone est l’un des segments de la population qui croît le plus rapidement; au cours des prochaines années, de plus en plus de jeunes chercheront de l’emploi.

Un tel influx de main-d’œuvre locale disponible est un véritable bienfait pour les compagnies minières, à la condition qu’elles s’y préparent. Le porte-parole de Cameco Corporation, Lyle Krahn, explique : « Depuis 1992, nous avons investi plus de 8 M$ en programmes de formation et d’éducation des peuples nordiques, travaillant avec les agences gouvernementales et les communautés nordiques. La compagnie envoie des représentants dans les écoles pour encou­rager les jeunes à poursuivre leurs études et à venir travailler pour Cameco. » La compagnie a aussi donné 1 M$ à l’Université de la Saskatchewan afin de préparer les étudiants venant du nord à des études post-secondaires en sciences et génie.

Cameco veut aussi acheter les services des entreprises nordiques. « Au cours de la dernière décennie, nous avons triplé les achats de services auprès de compagnies nordiques, dont NRT. En 2006, les achats se sont chiffrés à 160 M$ », dit M. Krahn.

Il faut cependant tenir compte de l’ajustement à la transition. M. McIlmoyl explique : « J’ai grandi dans une petite communauté d’environ 200 personnes; lorsque je suis allé à l’université à Regina, j’ai subi un choc culturel même si j’étais blanc et que je parlais la langue. Pour quelqu’un venant des communautés nordiques, cela doit être 100 fois pire. »

Pour aider à effectuer cette transition, NRT offre des formations générales : ouvrir un compte de banque, acheter une voiture. Cameco amène aussi des aînés des communautés avoisinantes sur le site; ces derniers y passent de 4 à 6 jours par mois afin d’aider les gens à faire la transition. Un premier emploi dans une entreprise autochtone sert aussi de « tremplin ».

À mesure que se poursuit le développement du nord de la Saskatchewan, l’embauche d’autochtones ne suffira pas à combler les besoins en personnel. Selon M. McIlmoyl : « Environ 50 000 personnes résident dans le nord, dont la moitié a moins de 16 ans. Le réservoir de main-d’œuvre n’est donc pas si grand ». Même si les pénuries de main-d’œuvre sont inévitables, l’inclusion des Premières Nations dans le développement aidera à les atténuer et, en même temps, fournira une stabilité économique pour cette partie de la province en pleine expansion.

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