mai 2007

La naissance de Diavik

Vivacité et débrouillardise à l’origine d’un important projet de financement de junior

Par D. Zlotnikov

Aber Diamond Corporation représente un cas inusité; cette compa­gnie a commencé comme minière junior avec une participation importante dans un projet de mine de diamants et le partenaire senior n’était pas DeBeers. Le succès d’Aber à lever des fonds pour le projet a été exceptionnel et, qui plus est, lors d’un ralentissement dans l’industrie minière.

Aber a commencé en 1991 comme consortium de jalonnage appelé West Viking Syndicate. Peu après la découverte de diamants au Canada par Dia Met Minerals (acquis par BHP in 2001), West Viking a jalonné des claims près de la zone de découvertes et, en 1992, a approché Rio Tinto avec une proposition de projet conjoint. Rio Tinto a accepté et a investi 10M$ millions en échange de 60% des parts dans le projet. Au même moment, West Viking, une compagnie privée, a été intégrée dans une société de façade appelée Aber. L’exploration a commencé et les premiers diamants ont été découverts en 1994.

« Les premiers 10 millions de dollars n’ont pas fait long feu », se souvient Robert Gannicott, PDG de Aber. « L’échantillon brut n’était qu’à moitié prélevé quand Rio (Tinto) a épuisé son investissement de 10 M$, ce qui complétait leur participation de 60 %. Il fallait donc lever des fonds. »

Aber a abordé Tifffany & Co et conclu une entente; la transaction consistait en huit millions de parts de la compa­gnie contre 100 M$. « J’ai moi-même approché Tiffany. Je m’étais rendu compte que les diamants Diavik avaient une bonne qualité de blancheur et, parce qu’ils venaient du Canada, ils avaient aussi une certaine “propreté” politique », dit M. Gannicott.

Cet argent a duré le temps de l’étude de faisabilité; il fallait ensuite construire la mine. La localisation du dépôt, les défis logistiques et de construction uniques présageaient une mine très dispendieuse. Pour recueillir les 40 % des 1,4 MM$ du coût total, Aber a utilisé la balance des 100 M$ de Tiffany et a vendu sa part du tiers du projet de la mine de diamants Snap Lake à DeBeers pour 173 M$. Avec cet argent, il a été possible d’obtenir du financement d’un groupe de banques.

Ce furent deux années très longues et difficiles. « Les diamants sont un produit très particulier, on ne peut les transiger sur la bourse. Nous n’avions pas le contrôle; le partenaire à 60 % avait le contrôle. Nous n’avions jamais vendu de diamants auparavant; les banques doutaient de notre capacité à vendre des diamants en compétition avec DeBeers… »

Les banquiers conseillers étaient N.M. Rothschild, apportant expertise et crédibilité, et CIBC a servi de conseiller technique; les autres institutions s’y fiaient pour vérifier la qualité et la valeur du gisement.

Aber n’est pas allé vers les bourses pour amasser de l’argent. « La valeur du minerai représente de trois à quatre fois les coûts d’exploitation; les entrées de fonds se feraient rapidement et la dette pouvait être remboursée », dit M. Gannicott.

L’autre raison pour éviter le marché boursier était le bas prix des actions de la compagnie. La qualité d’un gisement de diamants demeure incertaine beaucoup plus longtemps que s’il s’agit de métaux de base ou précieux. La variation dans les gemmes est telle que « vous n’avez pas d’échantillon représentatif avant d’avoir extrait pendant un an » dit M Gannicott.

Une fois le financement assuré, il a fallu deux ans pour bâtir la mine et une autre année avant de vendre le premier diamant. Une année plus tard encore, Aber a acquis les intérêts majoritaires dans Harry Winston, une bijouterie au détail de diamants. Aujourd’hui, Aber possède la totalité du détaillant et cherche de nouveaux sites potentiels de mines de diamants.

Y-a-t-il des restrictions aux sites potentiels? Oui, mais ce n’est pas en raison de la géographie. « Nous ne désirons pas être le propriétaire d’un gisement de diamants à un endroit où des régimes politiques ou sociaux abusifs sont en place. Nous ne voulons opérer nulle part où il y a risque pour la marque de commerce Harry Winston. »

Gannicott a un conseil pour les ju­niors d’aujourd’hui, « Assurez-vous dès le début que les ententes légales sont ainsi faites que vous pourrez aller jusqu’au bout, que vous en ayez besoin ou non, que vous fassiez ce qu’Aber a fait et vous vous retrouviez en production ou encore que vous vendiez en cours de route, la portée de l’entente sera très importante. Ne vous dépêchez pas pour signer; consultez un banquier qualifié. »

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