Comment diriger en prêchant par l'exemple

07-05-2013

Le grand débat en séance plénière, un événement phare du congrès 2013, a été emprunt de réflexion et de candeur et a permis d’aborder la question des défis que doivent surmonter les dirigeants d’aujourd'hui, dont des investisseurs frileux et un public parfois hostile. Si l’on se fie aux commentaires des orateurs influents et chevronnés qui ont défilé, les leaders forts doivent faire preuve de courage, de confiance et d’un optimisme à toute épreuve.

Le journaliste de la SRC de langue anglaise Mark Kelley a animé cette séance, qui était retransmise en direct pour la première fois. Plus de 110 personnes ont participé à cet événement en ligne, d'aussi loin que le Maroc et l'Ouganda. À Toronto, les sièges vides étaient rares : la salle était bondée de plus de 600 délégués et participants. Le co-président du congrès 2013, Tom Rannelli, a annoncé d’entrée de jeu que le congrès de cette année a établi un record de fréquentation à Toronto.

Richard Ross, directeur du programme de maîtrise en administration des affaires en gestion globale de l’exploitation minière (MBA Global Mining Management) à la Schulich School of Business, a énuméré la liste des chefs d'entreprise qui ont perdu leur emploi dans la dernière année et il a exposé de nombreuses radiations de valeur totalisant plusieurs milliards de dollars. M. Ross a expliqué que trois forces systémiques principales expliquent les problèmes de l'industrie aujourd'hui : l'influence croissante des organismes communautaires; la tyrannie de la pensée à court terme des investisseurs institutionnels et le manque de préparation des équipes de gestion face à la complexification des projets d’exploitation. « À mon avis, ces trois facteurs ont mené l’industrie à un point de basculement, a expliqué M. Ross. À moins que nous reconnaissions et que nous comprenions ce qui se passe dans la société, nous ne serons jamais en mesure d’outiller la prochaine génération de leaders et de doter ces derniers des compétences adéquates pour relever ces problèmes qui ne disparaîtront pas. »

« Nous traversons clairement une période d'incertitude », a déclaré Zoe Yujnovich, présidente et chef de la direction de l'Iron Ore Company of Canada, avant d’ajouter que le rythme du changement s’accélère dans l'industrie. « La façon dont nous exerçons nos activités doit être durable et elle doit nous permettre de nous positionner pour la réussite, malgré la volatilité du marché », a-t-elle ajouté.

Elle a également dit qu'il faut de l'énergie et de la patience pour prendre des décisions de manière proactive, et non réactive, en s’appuyant sur des indicateurs prospectifs et sur les marchés extérieurs au lieu d'agir sur la base de ce que l'entreprise a fait dans le passé.

Stan Bharti, fondateur de Forbes & Manhattan, a souligné que la prise de décisions sur le mode réactif n’a rien de nouveau. « Quand je travaillais à Falconbridge, nous démarrions tous les projets lorsque le prix du nickel montait, et nous arrêtions tout lorsque le prix descendait », a-t-il relaté, avant d’ajouter que des gains potentiels attendent ceux qui sont disposés à acquérir des projets pour lesquels on a déjà investi de fortes sommes pour l’achat d’actifs. « Si vous regardez les rendements que les gens ont obtenus, vous devez réaliser qu’ils ont obtenu ces rendements de mines existantes », a-t-il souligné.

M. Bharti a donné quelques conseils aux dirigeants de petites entreprises : ne pas sous-capitaliser les actifs et éviter l’endettement, à moins d’avoir dégagé des flux de trésorerie positifs réguliers pendant deux ou trois ans.

Egizio Bianchini, vice-président et codirigeant mondial du groupe Métaux et minéraux, BMO Marchés des capitaux, a parlé d’optimisme. Selon lui, on doit voir les véritables avantages des décisions de type « risque/bénéfice ». « Je pense que notre principale erreur est de ne pas entrevoir les avantages, a-t-il lancé. Par contre, nous sommes tous très bons pour évaluer les désavantages. Une fois que nous avons une très bonne idée des avantages, il est beaucoup plus facile d’établir si nous sommes prêts à prendre un risque donné. »

Chris Lewicki, président de Planetary Resources, voit assurément les avantages de ses projets : il travaille à amener les investisseurs et l'industrie minière à prendre au sérieux l’exploitation minière des astéroïdes proches de la Terre. « Nous n'allons pas remplacer l'exploitation minière sur Terre; nous l'étendons vers de nouvelles frontières », a-t-il expliqué.

« Chaque nouvelle idée est une idée folle jusqu'à ce qu'elle s’intègre à notre quotidien, a lancé M. Lewicki. Parmi les gens réunis dans cette salle, neuf personnes sur dix pensent qu’il s’agit d’une idée complètement folle, mais une personne sur dix y voit une possibilité et considère qu’il s’agit de la prochaine étape, de toute évidence. » Or, il s'avère que M. Lewicki était assis juste à côté d'une telle personne : un peu plus tard, Stan Bharti a parlé des gains potentiels qui pourraient découler d’un engagement aux premiers stades de l'exploitation minière de l'espace. « Forbes & Manhattan va acheter quelques astéroïdes », a déclaré M. Bharti.

Une des plus grandes difficultés abordées lors de cette rencontre concernait les stratégies pour améliorer la perception du public face à l'exploitation minière. « Personne dans cette salle ne se lève le matin en se disant “Bon… Qu’est-ce que je vais faire aujourd’hui pour ruiner l’environnement? Qu’est-ce que je vais faire pour nuire à cette communauté?” », a souligné M. Bianchini. « Nous devons envoyer le message que nous ne sommes pas les “méchants”. Jusqu’ici, nous n’avons pas vraiment été bons pour faire entendre ce message, non seulement au Canada, mais partout dans le monde. »

Tony Clement, ministre de FedNor, a salué les gens de l’équipe M4S de l'ICM pour leur travail d’éducation des enfants au sujet de l'industrie minière et leurs activités visant à susciter des discussions positives au sujet de l'exploitation minière. « Je tiens à vous féliciter pour ce que vous faites. Merci d'en faire toujours plus, a souligné le ministre au début de son allocution. Il y a tellement de désinformation et, très franchement, d’idéologues qui essaient de tirer le secteur minier vers le bas d'une manière complètement déraisonnable. »

Mme Yujnovich a déclaré que la meilleure façon de s’assurer que l'exploitation minière a un effet positif sur la société consiste à se concentrer sur l’essentiel : « Être une société résiliente et durable… voilà ce qui nous permet de redonner aux communautés dans lesquelles nous menons nos activités. »

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